Voici le cinquième article d’une longue série sur ce qu’il est convenu le "Réseau RCP/LM/Spiked" au Royaume-Uni, les initiales RCP signifiant : "Revolutionary Communist Party" et LM : "Living Marxism". Ces textes font partie d’un futur livre sur les courants "marxistes" (Faux rebelles et "marxistes" au service de l’extrême droite) qui ont très mal tourné en Europe mais qui continuent à manier une phraséologie "radicale".
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1996 : un ultime Manifeste, quasi testamentaire, pour justifier la dissolution du RCP ?
The Point is to Change it : Manifesto for a World Fit for People (« Le but est de le changer : Manifeste pour un monde adapté aux besoins de la population ») est paru la même année que la dissolution du RCP. Anonyme, le livre est signé Living Marxism et fait référence à plusieurs articles écrits par des cadres de l’organisation comme Frank Furedi, Jennie Bristow, Michael Fitzpatrick, Mick Hume et John Heartfield, tous publiés dans les années 1995-1996. Aucun texte de la période léniniste-trotskyste du groupe n’est cité, même dans une discrète note de bas de page.
Cet ouvrage ne dresse donc aucun bilan « organisationnel » du RCP, de ses succès et de ses échecs. Il offre une sorte de description sociologique des problèmes du Royaume-Uni, cette année-là (sans statistiques ni graphiques ni études de terrain), et tente de dégager de grandes tendances sociales négatives - négatives aux yeux de farouches défenseurs de la liberté d’expression, de la Raison, de la Science, et qui affirment avoir confiance dans le potentiel de l’humanité à vaincre toutes les difficultés et tous les problèmes.
Paradoxalement, ce petit livre de 220 pages est plus pessimiste encore que l’article « Midnight in the century » de Furedi puisque les auteurs accusent la classe dirigeante de ne même plus avoir confiance dans le capitalisme privé, de « manquer de courage » et de « confiance en eux-mêmes », alors que le monde soviétique et les démocraties populaires ont disparu. Ces affirmations sont totalement contradictoires avec l’analyse de Furedi présentée dans « Minuit dans le siècle » en 1990 et qui proclamait que « la classe capitaliste est aujourd’hui plus confiante dans sa capacité à gouverner qu’elle ne l’a jamais été ».
Aussi, dans un article paru un an avant le « Manifeste » de 1996, essaya-t-il de bricoler une explication : selon Furedi, au cours de la guerre froide, la bourgeoisie avait combattu trois adversaires à la fois : l’URSS, le syndicalisme militant et la gauche internationale. Au cours de cette lutte « de longue haleine », qui avait « nécessité la mobilisation de toutes les ressources politiques et matérielles du capitalisme », « la classe dirigeante » avait « elle-même perdu confiance dans son propre projet ». « Le processus qui a conduit à la défaite et à la marginalisation de la classe ouvrière n’a pas épargné les élites dirigeantes. En gagnant la guerre des classes, les capitalistes ont été contraints de saper les fondements intellectuels de leur propre système.
La croisade contre la gauche a contribué à affaiblir de nombreuses idées associées au projet de libération humaine. Mais en battant les partisans d’un changement révolutionnaire, la classe capitaliste a été contrainte d’affaiblir les arguments en faveur de toute forme de changement. L’écrasement de la croyance dans le potentiel historique des peuples a contribué à saper toute conviction dans l’efficacité de toute forme d’intervention humaine. Ces sentiments anti-humains négatifs ont désarmé les intellectuels capitalistes. Même la célébration de l’individu au XIXe siècle a perdu de son attrait. Ils n’ont plus les ressources intellectuelles nécessaires pour défendre leur système de manière cohérente ou pour projeter des visions positives de l’avenir » [Furedi, LMn° 75, janvier 1995]
Que cette analyse soit juste ou pas importe peu. Elle dévoile clairement le rôle historique que les vétérans du RCP crurent pouvoir endosser il y a 30 ans : redonner confiance1 au Capital britannique, dont les représentants, selon eux, avaient désormais « peur de gérer » (sic) leurs entreprises et faisaient désormais appel à une armée de « conseillers et de consultants » parce qu’ils ne se sentaient « plus du tout sûrs » du bien-fondé et de la justesse de leurs décisions....
Le Manifeste de 1996 ne propose d’ailleurs aucune stratégie politique (révolutionnaire, ou même réformiste). Il se contente d’énumérer des tendances sociales que ces ex-militants ont continué à critiquer aujourd’hui :
• la « culture de la peur » et l’invocation permanente d’une « Apocalypse imminente », qui conduisent les médias, les gouvernements et les politiciens à exagérer la gravité de tous les problèmes économiques et sociaux (de l’épidémie du Sida à la maladie de la vache folle en passant par la hausse de la délinquance et de la criminalité) pour inciter les citoyens à accepter, voire à réclamer, le contrôle de l’Etat, ou d’institutions para-étatiques incontrôlées, jusque dans le moindre détail de leur vie intime : de l’installation de caméras de surveillance à chaque coin de rue, aux pouvoirs accrus des travailleurs sociaux habilités à contrôler l’éducation donnée par les parents, en passant par l’intervention des juges sollicitée par les citoyens eux-mêmes dans tous les domaines de la vie sociale, ou les contrats de location dans les HLM qui incluent des clauses de révocation du bail pour des comportements jugés « antisociaux », et une période probatoire d’un an pour vérifier l’attitude des nouveaux locataires ;
• la méfiance généralisée (et encouragée par les « élites ») vis-à-vis des voisins, des collègues, des personnes de l’autre sexe, etc., méfiance nourrie par la diffusion de cette « culture de la peur », et qui ruine toute possibilité d’une solidarité indispensable pour changer le monde ;
• le développement d’une culture des droits particuliers, réservés à certains groupes sociaux, droits qui s’opposent de plus en plus aux droits collectifs égalitaires et valables pour tous. Selon les cadres du RCP en voie d’autodissolution, cette culture favorise la division, les rivalités entre « communautés », voire les haines contre les minorités pourvues de droits spécifiques. En effet, ces droits sont perçus par d’autres minorités, ou par la majorité de la population, comme étant des « privilèges » indus. Selon les collaborateurs de Living Marxism, ces droits particuliers ne sont généralement pas le fruit de longues luttes de masse, mais le résultat d’interventions étatiques qui se veuillent « bienveillantes » envers les minorités-victimes ;
• la dépolitisation massive suscitée par la convergence des programmes politiques entre les partis de droite et de gauche, partis devenus « interchangeables », et tous favorables à des solutions autoritaires, même si c’est pour des raisons différentes2 ; ils se polarisent sur les préoccupations des classes moyennes supérieures ; et cette convergence incite les électeurs des classes populaires à ne plus s’intéresser aux débats politiques de fond (qui de toute façon ont disparu) et à ne plus aller voter ;
• le culte du « principe de précaution », l’invocation permanente des « limites » à l’action humaine et « l’aversion aux risques » qui paralysent toute tentative d’innovation technologique et scientifique, toute résolution des problèmes économiques et sociaux de la planète, et qui permettent de justifier la décroissance économique, l’établissement de régimes autoritaires, le « dénigrement de l ’humanité » qui a osé violer les lois de la nature, l’imposition du « politiquement correct », etc.
• l’accroissement des pouvoirs non élus : des agences publiques ou semi-publiques qui remplacent des branches entières de l’appareil d’Etat, aux divers organes technocratiques et non élus de l’Union européenne ;
• l’augmentation du rôle des experts, des coachs, des conseillers, des psychologues qui « remplacent les prêtres » et dénient toute capacité de réflexion et d’action à des populations atomisées, qui se replient sur elles-mêmes et sont terrifiées par des problèmes qu’on leur présente comme étant hors de leur portée d’action ;
• la diffusion d’un « relativisme » généralisé, d’un décadentisme et d’un « pessimisme » irréversible sur l’évolution du monde, malgré les énormes progrès sociaux enregistrés au cours du XXe siècle. Ce climat idéologique entretient un sentiment d’impuissance, une mentalité de « victime » (j’ajouterai pour ma part : et non une mentalité de révolté et de combattant), une « angoisse » personnelle et collective permanente, qui incite à la résignation, à la « passivité », à l’abandon du militantisme politique, syndical et/ou associatif et qui aboutit à une « paralysie » sociale.
Sur le plan de la critique radicale du capitalisme, le livre est très discret même s’il déplore les nombreuses défaites ouvrières dans les années 1980 et 1990, et qu’il évoque la « domination du Capital », l’augmentation du chômage, de la flexibilité, du travail à temps partiel, de l’auto-entreprenariat, du « stress » au travail, la dégradation de l’enseignement général, et même, en contrepoint, le « potentiel subversif de la révolution russe ». Cependant, il est clair que les quelques lignes où ces questions sont évoquées sont tout à fait marginales dans la pensée des auteurs et militants du RCP en cette ultime année d’activité organisée.
De la dissolution du RCP (1996) à la constitution d’une amicale médiatiquement efficace
J’ignore ce qui fut décidé par les têtes pensantes du RCP lorsqu’ils décidèrent de liquider leur groupe. Je ne dispose que de la version officielle fournie par Furedi et ses amis, version répercutée par le livre de Hepworth [2023] : « Les anciens cadres ont décidé de rester en contact tout en poursuivant leurs propres initiatives ». Certes, ils abandonnèrent leur projet organisationnel à long terme, mais, en raison de leurs profonds liens d’amitié et de leur complicité intellectuelle, un nombre significatif d’entre eux se lancèrent dans un combat en faveur de la défense de la liberté d’expression, contre la censure, pour des débats publics les plus ouverts possibles, pour un « humanisme » qu’ils qualifient de « libertarian », mot qu’il faut traduire ici par « libertarien » et non par « libertaire », au sens d’anarchiste. Et le fait que beaucoup d’entre eux avaient acquis des diplômes universitaires (y compris des fils et filles d’ouvriers qui avaient pris goût aux études en côtoyant les universitaires du groupe) les aida à entamer une ascension sociale notable et à acquérir, pour les plus ambitieux d’entre eux, une influence politique et idéologique.
Faute d’avoir trouvé la copie d’un plan machiavélique ourdi par Frank Furedi, on peut se rabattre sur une explication plus prudente comme celle du site Lobbywatch et de la journaliste Jenny Turner [2010], celle d’un réseau, sans tomber dans le complotisme : « [...] il existe un groupe informel de personnes, dont certaines se connaissent depuis longtemps, d’autres se sont impliquées plus récemment ; certaines partagent des souvenirs d’engagement passionné dans une minuscule organisation régie par le centralisme démocratique, d’autres non ; tous semblent à peu près d’accord les uns avec les autres sur un programme libertarien plutôt superficiel et répétitif, et affichent à des degrés divers un enthousiasme libéral de gauche pour toutes les technologies, en particulier celles qui impliquent des manipulations génétiques, des produits pétrochimiques, une production d’énergie non durable, des cellules humaines ».
Malgré leur invocation tonitruante d’une « prise de risques » en 1990, Furedi et ses camarades allaient surtout, à partir du début des années 2000, se chercher des alliés dans la classe dominante et les institutions bourgeoises, au nom de la défense des Lumières, de la lutte contre le politiquement correct de gauche, pour l’universalisme et l’esprit critique dans une époque qu’il jugeait désormais « prépolitique ». Selon eux, les travailleurs n’avaient plus aucune conscience d’appartenir à la classe ouvrière et, de surcroît, ils étaient désormais résignés à accepter des intrusions de plus en plus grandes dans leur vie privée (ainsi, durant la crise du COVID, le site « furediste » Spiked prit position à la fois contre la façon antidémocratique dont les différents confinements furent décidés par le gouvernement et les députés, mais aussi contre la vaccination obligatoire, tout en saluant les performances de la science et des laboratoires pharmaceutiques).
Prétendant vouloir inventer un « nouveau langage politique », et se vantant depuis trente ans de vouloir « repenser » les problèmes, Furedi est en fait arrivé aujourd’hui à des constatations d’une banalité consternante : « Une grande partie de la vie politique occidentale, en particulier au sein des classes dirigeantes, s’est construite sur des idéaux antisoviétiques. Dès que l’Union soviétique a disparu, le ciment s’est corrodé. Après la chute du mur de Berlin, l’Occident est devenu peu sûr de lui, épuisé plutôt que triomphant [...]. La montée en puissance de l’UE à la fin des années 1990 et dans les années 2000, le regroupement du pouvoir des élites nationales au sein d’un organisme supranational qui n’a pas de comptes à rendre, a signifié, selon Furedi, que la “crise de la bourgeoisie a pris une forme absolument tangible”. [...] Pour l’avenir, il pense que nous devons “fusionner les concepts de liberté et de souveraineté, et d’autodétermination individuelle”, et défendre l’Etat-nation. “Nos gouvernants ont renoncé à l’État-nation ”, dit-il en parlant de dirigeants qui se sentent plus à l’aise dans les conférences internationales qu’au milieu de leurs concitoyens » [Furedi/Slater, 2017],
Quant à la « remise en cause » évoquée par Furedi dans son article de décembre 1990, « Minuit dans le siècle », elle eut bien lieu, mais ce fut celle des idéaux « révolutionnaires » que le RCP et lui avaient défendus pendant les vingt années précédentes. Malgré la fanfaronnade finale de l’article (« notre minorité peut commencer à façonner la préhistoire de la future politique de classe »), les « ex » du RCP qui avaient accepté de rester en contact allaient (consciemment ou pas, je l’ignore) préparer leur reconversion en un réseau de propagande pour la droite dure britannique et européenne (celle qui porte des costumes trois-pièces ou des tailleurs-pantalons et qui évoque la classe ouvrière3 dans ses discours avec des trémolos dans la voix), dans le cadre d’un plan de carrière qui leur a plutôt réussi, comme nous allons maintenant le voir.
Une nébuleuse ? Un réseau informel ?
Une mouvance insaisissable ? Une maçonnerie ?
Une confrérie ? Une fraternité 2.0 ? un Parti/Réseau ?
Faute d’informations solides, il m’est impossible de choisir entre ces différents qualificatifs et la question reste ouverte. Quoi qu’il en soit, après la publication de « Midnight in the Century » en 1990, les membres du RCP continuèrent à maintenir des liens entre eux à travers une revue au look professionnel dont les titres changèrent : Living Marxism (1988-1992), CM (1992-2000) et même Last Magazine (ce dernier numéro, paru en 2000, proclamait fièrement qu’il y aurait « une vie après [le] procès en diffamation » qu’ils avaient perdu), publications qui prirent de plus en plus de place dans leur activité et dont les maquettes suscitèrent toujours la curiosité (ainsi, une journaliste admire « ses illustrations néoconstructivistes et son utilisation audacieuse de l’encre dans des couleurs autres que le rouge » [Turner, 2010]). En 2000, ils lancèrent un site, Spiked, toujours très actif en 2025, et « noyautèrent » une kyrielle de satellites4 aux statuts très divers, qu’ils avaient déjà fondés ou fondèrent juste avant la dissolution.
Comme l’écrit un « ex » du RCP, encore membre de la nébuleuse « furediste », et souvent cité par les tenants de la thèse d’une continuité sans faille du « Parti/Réseau » de 1977 à nos jours : « Je n’ai jamais quitté le RCP : l’organisation a été dissoute au milieu des années 1990, mais peu d’entre nous se sont réellement “rétractés ”. Au lieu de cela, nous avons décidé de nous soutenir mutuellement de manière plus informelle dans la poursuite de notre tradition politique en tant qu’individus, ou de lancer de nouveaux projets avec des objectifs plus généraux qui ont également impliqué des personnes de différentes traditions, ou aucune. Parmi ces projets, citons Spiked et F Institute of Ideas » (devenu F Academy of Ideas) « où je travaille aujourd’hui. Il faut dire que cette évolution a énormément agacé nos adversaires politiques, et une recherche rapide sur Google (essayez “LM network” si vous avez du temps à perdre) vous donnera une pléthore de textes virulents censés montrer que d’anciens membres du RCP sont impliqués dans diverses conspirations sinistres [...]. L’impossibilité de se débarrasser simplement d’une école de pensée qui n’est plus attachée à une organisation est peut-être ce qui agace le plus nos adversaires » [Cummings, 5/9/2007],
Quels sont donc ces « projets », dont seulement deux sont évoqués par Cummings ? Plusieurs d’entre eux furent créés juste avant la dissolution de l’organisation, ou l’année suivante, ce qui dénote, en dehors même de tout complot, une capacité à envisager des solutions alternatives, innovantes, notamment sur la Toile et les réseaux sociaux, pour « continuer le combat » (mais évidemment plus dans un objectif révolutionnaire) sous d’autres formes...
En dehors de ces pseudopodes du RCP puis de ses « ex », il faut noter que le procès qui leur coûta un million de livres (1,2 million d’euros) et les obligea à interrompre la publication du magazine LM, leur attira aussi de nouvelles sympathies haut placées, aussi bien dans des institutions culturelles prestigieuses que chez des conservateurs libertariens, des journalistes, des écrivains ou des personnalités soucieuses de défendre la « liberté d’expression ». Tous ces gens trouvaient scandaleux le montant de l’amende pour un simple article diffamatoire, d’autant que le procès avait été intenté par une chaîne de télévision riche contre une petite publication marginale. On assistait, en quelque sorte, à une réédition du combat de David contre Goliath. Si le procès du magazine LM eut un résultat immédiat catastrophique sur le plan financier pour la mouvance « furediste », il eut également des conséquences positives : les ex-du RCP furent réveillés par ce coup dur ; des écrivains connus (notamment Harold Evans, Doris Lessing, Paul Theroux et Fay Weldon) s’indignèrent du montant de l’amende et « l’ Institute of Contemporary Arts*, rempart du libéralisme progressiste, rehaussa le profil héroïque du magazine LM en organisant avec lui une conférence de trois jours sur “Les guerres de la liberté d’expression ” » [Monbiot, 1998). Enfin, la solidarité d’un nouveau réseau de connaissances prestigieuses permit à l’Institute of Ideas (rebaptisé ensuite Academy of Ideas) d’acquérir très rapidement une certaine réputation en raison de la renommée des orateurs qui acceptaient de participer aux débats. Même s’ils ne faisaient pas partie de la mouvance des « ex » du RCP, ils venaient tout de même discuter de grandes questions sociales sur un mode apparemment « contradictoire ».
Même si la plupart de ces organisations ont disparu, Source Watch du Center for Media Democracy et Powerbase.info de Spinwatch en ont recensé plus de quarante. On peut les diviser en trois catégories : celles qui remontent aux années « révolutionnaires » du RCP (WAR*, IFM*, CAM*) celles qui furent créées en 1996 (l’année de l’autodissolution du RCP) ou en 1997, par des membres de l’organisation et/ou des collaborateurs réguliers des revues Living Marxism et LM ; et celles qui furent créées après la fondation du site Spiked (2000) par Mick Hume et Brendan O’Neill et de l’Institute of Ideas par Claire Fox (2000) (cf. l’annexe n° 1, « Sur la nébuleuse du Réseau RC P/LM/Spiked » ).
Les positions de plus en plus libertariennes de la mouvance des « ex » du RCP, combinées à l’efficacité des techniques organisationnelles acquises à l’extrême gauche, leur ont permis de recruter des jeunes qui ont constitué une relève dynamique5 ; ils ont à la fois pratiqué un « entrisme » efficace6 dans un certain nombre d’institutions scientifiques et créé eux-mêmes, ex nihilo, de nombreuses associations à but non lucratif ou de véritables petites entreprises qui vendent des conférences, des stages de formation pour les cadres, des conseils aux parents, etc. Et ces associations ou petites entreprises sont soutenues financièrement (lors des événements qu’elles organisent) par de nombreuses sociétés et institutions [Pallister, 2000], Si vous jetez un coup d’œil sur les partenaires de la Battle of Ideas7 vous aurez sans doute quelques surprises.
NOTES
1
Ce que Brendan O’Neill exprimera clairement en 2018 : « La bourgeoisie a perdu la foi en elle-même et en ses valeurs fondatrices. Le rôle des radicaux dans une telle période est d’aider la bourgeoisie à retrouver le sens d’elle-même, car en perdant la foi en ses valeurs fondatrices, tout le monde en souffre. Tant que ces valeurs bourgeoises sont attaquées, c’est la tâche de tous ceux qui veulent sérieusement libérer l’humanité de la pauvreté et de la tyrannie » de les défendre.
2
Selon Living Marxism, la droite préfère les solutions autoritaires parce qu’elle constate que les valeurs bourgeoises traditionnelles ne peuvent plus s’imposer ; quant à la gauche, elle ne croit plus en des solutions collectives et n’a plus confiance en la force de conviction de ses arguments et de son projet politique, par ailleurs inexistant ; elle choisit donc de chercher à réguler d’en haut, et de façon autoritaire, les comportements individuels, selon les inquiétudes et les préoccupations prioritaires des classes moyennes qui constituent l’essentiel de son électorat et de sa base sociale.
3
Dans un débat autour du RCP sur le Net, un intervenant a souligné que Spiked était l’un des rares sites politiques à dénoncer le mépris de classe de la gauche intellectuelle, à ne pas se moquer des « chavs » (ces travailleurs censés être congénitalement vulgaires) et à défendre ardemment leurs habitudes culturelles supposées : se battre facilement, fumer comme un pompier, picoler sans retenue, balancer des plaisanteries sexistes ou homophobes et en rire, adorer la malbouffe, etc. (https://brocklev.blogspot.com/2010/09/triangulating-bobism-2-furedi-cult.html).
4
Cf. les dizaines d’entités (ou de coquilles vides) recensées dans l’annexe 1 « Sur la nébuleuse RCP/LM Spiked ».
5
Le trombinoscope de leur think tank bruxellois nous révèle que la génération des individus comme Furedi (né en 1947), que l’on pourrait donc catégoriser grosso modo comme « soixante-huitards », a su recruter et former des agitateurs plus jeunes pour diffuser des idées de droite et d’extrême droite emballées sous une « cellophane » respectable (https://brussels.mcc.hu/our-team). Il en est de même si l’on regarde les vidéos du site Spiked, dont les animateurs sont fréquemment nés dans les années 1980 ou 1990 et n’ont donc jamais milité au RCP, qui vota son autodissolution en 1996.
6
« Entrisme » qui rend furieux les fascistes du British National Party. En effet, ils auraient souhaité figurer sur les listes du Brexit Party aux européennes. C’est pourquoi ils éructent dans un communiqué de presse : « Des trotskystes dévots comme Claire Fox et d’autres membres de l’Institute of Ideas [... ] cherchent à s’emparer de tout mouvement anti-establishment qui passe [... ] pour faire passer leur message marxiste militant. [... ] L’Institute of Ideas cherche à influencer et à subvertir nos institutions publiques. Des médias aux musées, de l’Eglise à nos universités, l’institut est financé par des organisations “respectables ”. »
7
https://www.battleofideas.org.uk/partners/. Cela va de Monsanto à Thames Water (une compagnie des eaux qui a 16 millions de clients autour de Londres) en passant par des universités, des magazines comme Newsweek, des hôtels ou des bibliothèques.
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PLAN
Introduction
https://npnf.eu/spip.php?article1223
I. Une fascination durable pour l’idéologie bourgeoise . – Intérêt prononcé pour la médecine. Valorisation acritique de la science et de la technique. – Combat contre la « culture de la peur ». – Méfiance vis-à-vis des interventions de l’État. – Culte de l’initiative et de la responsabilité personnelles. – « Droit à l’offense » et défense d’une liberté d’expression totale
Une reconstruction peu crédible du passé ?
Les explications complotistes n’ont aucun intérêt ?
https://npnf.eu/spip.php?article1224
II. Une stratégie de la provoc’ calculée et de la démarcation systématique…. – Soutien à l’IRA. – Grève des mineurs. – Refus de voter Labour
• DENONCIATION DE LA « CULTURE DE LA PEUR » ET DU « CONTROLE SOCIAL ». – Maltraitance des enfants et viol. – Face à l’épidémie du VIH-Sida
• LE RAPPORT DU RCP A LA QUESTION DE L’ETAT. – Abstentionnisme du RCP face aux fascistes – Face à la propagande négationniste. – Les femmes ne doivent jamais faire appel à l’État. – Comment se protéger contre les violences masculines. – Refus de la censure sur Internet, donc aussi des images pédo-pornographiques. – Comment lutter contre les abus sexuels commis sur des enfants ? – Contre toute censure artistique
https://npnf.eu/spip.php?article1225
• AUTRES POINTS DE DEMARCATION. – Pour l’énergie nucléaire. – Contre le contrôle des ventes d’armes. – Le boycott de l’Afrique du Sud. – La guerre des Malouines. – Une mise en garde prémonitoire mais bien oubliée. – La dénonciation du « journalisme compassionnel »
« Midnight in the century » (1990)
https://npnf.eu/spip.php?article1226
1996 : un ultime Manifeste pour justifier la dissolution du RCP ?
De la dissolution de l’organisation à la constitution d’une amicale médiatiquement efficace
Une nébuleuse ? Un réseau informel ? Une mouvance insaisissable ? Une maçonnerie ? Une confrérie ? Une fraternité 2.0 ? un Parti/Réseau ?
https://npnf.eu/spip.php?article1228
III. Petits succès politiques. – Frank Furedi. – Munira Mirza. – Claire Fox. –
https://npnf.eu/spip.php?article1229
IV. Échecs électoraux ou victoire idéologique ?. – John Heartfield – Stuart Waiton. – Alka Sehgal Cuthbert. – James Woodhuysen. – John Fitzpatrick. – Yasmin Fitzpatrick
https://npnf.eu/spip.php?article1232
Annexe 1 : Sur la nébuleuse RCP-LM-Spiked
https://npnf.eu/spip.php?article1233
Annexe 2 : Who’s Who des vétérans du RCP
https://npnf.eu/spip.php?article1236
Annexe 3 : Sur quelques collaborateurs de Spiked et leur participation aux guerres culturelles de la droite
Glossaire
Sources