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Du trotskysme britannique au libertarianisme international (8)
Frank Furedi, l’Amicale des anciens du RCP et le site Spiked
Article mis en ligne le 26 mai 2025
dernière modification le 7 juillet 2026

Voici le huitième article d’une longue série sur ce qu’il est convenu le "Réseau RCP/LM/Spiked" au Royaume-Uni, les initiales RCP signifiant : "Revolutionary Communist Party" et LM : "Living Marxism". Ces textes font partie d’un futur livre sur les courants "marxistes" (Faux rebelles et "marxistes" au service de l’extrême droite) qui ont très mal tourné en Europe mais qui continuent à manier une phraséologie "radicale".
**********
ANNEXE 1

Sur la nébuleuse RCP-LM-Spiked

Voici les 47 front groups (organisations de façade) créées par le RCP puis par ses « vétérans » et leurs compagnons de route, ainsi que les petites entreprises, sites Internet, think tanks ou ONG liés à la nébuleuse « furediste », mais à la durée d’existence très variable. Il est difficile de mesurer leur impact, sauf lorsqu’elles sont présentes sur Facebook : or, sur ce média, le nombre maximum de contacts ne dépasse pas les 5 400 personnes, pour la plus influente d’entre elles - ce qui n’est guère impressionnant !

Lorsque les sites ou les groupes existent encore et/ou que les organisations sont mentionnées dans Preparing For Power [2023], le livre de Jake Hepworth sur le RCP, il m’a été de possible de vérifier leurs liens avec d’anciens dirigeants et militants et la proximité évidente de leurs positions philosophiques ou politiques actuelles. Mais Hepworth, plutôt complaisant avec les idées du réseau RCP/LM/Spiked, n’évoque que dix des quarante-sept pseudopodes mentionnés ci-dessous. De plus, il les décrit de façon concise, voire elliptique, sauf pour les trois plus importants d’entre eux durant la période 1977-1996 (le CAM, l’IFM et WAR). Cet historien se contente d’une affirmation sibylline : « En 1994, plusieurs vétérans du RCP créèrent le London International Research Exchange, lune des premières ramifications organisationnelles non partisanes de leur milieu. » On admirera le flou de cette expression qui permet toutes les interprétations, et notamment celle d’un réseau amical non structuré - interprétation qui est justement la sienne et celle de Fur edi et ses proches !

Dans quelques cas, je n’ai pu me fier qu’aux affirmations de deux sites : le Centre for Media Democracy et Spinwatch avec son partenaire powerbase.info1 qui ont effectué un important travail d’enquête sur l’Amicale des anciens du RCP au début des années 2010. Leurs infos m’ont semblé fiables dans la mesure où j’ai pu constater que les personnes nommées faisaient presque toujours partie, quinze ans plus tard, de la nébuleuse « furediste », comme en témoignaient leurs interventions publiques récentes. Quand elles n’ont pas été dissoutes, ces « ramifications organisationnelles non partisanes » sont essentiellement actives sur les terrains d’intervention suivants : les débats publics sur des questions controversées liées aux guerres culturelles menées par la droite et l’extrême droite (immigration, justice, police, Brexit, insécurité, autorité parentale, délinquance) mais aussi aux intérêts matériels de certains secteurs (industries du tabac, du bâtiment et du pétrole, industries automobile2 et nucléaire, industries pharmaceutique et des biotechnologies) la communication scientifique et les questions de santé publique- ; le fonctionnement des universités- ; l’écologie3- ; la régulation d’Internet et des réseaux sociaux.

J’ai rajouté Don’t Divide Us (DDU a été créée en 2020) à cette liste, même si elle n’est pas mentionnée par Hepworth dans son livre ou par d’autres auteurs. En effet, elle correspond tout à fait à l’idéologie des vétérans et vétéranes du RCP et est dirigée par l’une d’entre elles (Alka Sehgal Cuthbert*).

Chronologie approximative de la nébuleuse RCP/LM/Spiked

Sur les 47 « ramifications non partisanes » créées par le RCP puis par les membres de l’Amicale « furediste », 16 ont été créées avant la dissolution (si je prends comme point de bascule le 1er janvier 1997) 31 ont été créées après la dissolution. Seize existent encore aujourd’hui.

1980 : Workers against Racism*

1982 : Irish Freedom Movement

1990 : Home- ; Parents Against the Charter

1992 : CAM- ; Progress Educational Trust- ; Novo* (puis Novo Argumente für Freiheit und Fortschritt) - ; PET*

1994 : Design Agenda- ; London International Research Exchange- ; WORLDWrite*

1995 : Africa Direct- ; Global Futures- ;

1996- ; Channel Cyberia ou Café Cyberia/Easynet- ; Families for Freedom- ; Internet Freedom

1997 : Freedom and Law- ; Libero- ; Pro-Choice Forum

1998 : Feminists for Justice- ; Maverick Club

1999 : Culture Wars

2000 : Institute of Ideas/Academy of Ideas*- ; Audacity- ; Transport Research Group- ; Spiked*

2002 : Parents with Attitude - ; Sense about Science*- ; Science Media Center*

2003 : Debatting Matters*

2004 : Ideas Matter*

2005 : Salons*

2006 : AFAF*- ; Engaging Cogs

2007 : SAFAF- ; CPCS*

2008 : Generation Youth Issues- ; Inter-Generation- ; WORLDBytes*

2009 : Freedom in a Puritan Age- ; Hands Off the Human Footprint !- ; Modem Movement

2010 : Big Potatoes- ; Future Cities Project*- ; Global Uncertainties Schools Network*

2020 : DDU*

Academics for Academic Freedom (AFAF)  : créé en 2006, ce groupe se fit connaître en défendant le droit d’enseigner d’un universitaire4 qui propageait des théories racistes sur les rapports entre les origines ethniques et « l’intelligence » (en fait le quotient intellectuel, notion douteuse) et, en plus, soutenait le BNP, une organisation fasciste. Dirigé par Dennis Hayes, collaborateur régulier de l’Academy of Ideas, l’AAF réclame que « les universitaires, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la salle de classe, aient la liberté illimitée de remettre en question et de tester les idées reçues et d’émettre des opinions controversées et impopulaires, qu’elles soient jugées offensantes ou non ». D’après son site, l’AFAF organise en moyenne trois événements par mois à l’échelle nationale. Dennis Hayes (professeur en sciences de l’éducation, et auteur de livres dont « La mcdonaldisation de l’enseignement supérieur » et « La mort de la liberté académique. Liberté d’expression et censure sur les campus ») et Stuart Derbyshire (docteur en psychologie) ont écrit dans Living Marxism et Spiked et participé au festival Battle of Ideas organisé par l’Academy of Ideas. L’AFAF « soutient tout universitaire dont la liberté est attaquée, qu’elle soit d’accord ou non avec ce qu’il dit » et a recréé, en mai 2024, un nouveau pseudopode la Student Academies For Academic Freedom (SAFAF) qu’elle avait déjà fondé en 2007 mais qui avait rapidement arrêté ses activités. La SAFAF semble groupusculaire (47 membres sur Facebook !) à côté de l’AFAF (2000). Actuellement (en mars 2025) le site de l’AFAF affiche une publicité pour la chaîne d’extrême droite GB News.

Academy of Ideas-UK, qui s’appelait auparavant l’Institute of Ideas a été fondée par Claire Fox, dirigeante du RCP, aujourd’hui baronne et membre de la Chambre des Lords. Depuis l’an 2000, elle organise des séminaires, des conférences et des week-ends de discussion (The Battle of Ideas). Une pléiade de célébrités et de personnalités politiques ou universitaires acceptent de participer à ces débats contradictoires pour « discuter des principales questions politiques, culturelles et sociales du moment. Deux de nos initiatives phares sont : 1) Le festival annuel Battle of Ideas (www. battleofideas.org.uk), qui propose 70 débats et 350 intervenants pendant un week-end5 ». Cet événement est sponsorisé par de nombreuses entreprises, fondations ou institutions : en 2010, il y en eut 55 [Turner, 2010] et en 2011, on peut citer « Shell, The Times, Price Waterhouse Coopers [un réseau britannique international d’entreprises spécialisées dans des missions d’audit, d’expertise comptable et de conseil aux entreprises] et le géant de la brasserie SAB Miller6 ». « Le slogan est “Free Speech Allowed” [Pour la liberté d’expression] [...]. 2) Le concours national Debating Matters pour les lycéens (www.debatingmatters.com) qui, cette année, est devenu international et s’est étendu à l’Inde7. » Pour situer un peu la ligne idéologique de cette institution, les sujets abordés au cours des quatre dernières années ont été : « Pourquoi la politique a-t-elle besoin d’un nouveau langage ? »- ; « Les élites - anciennes et nouvelles »- ; « L’usage et l’abus de l’histoire »- ; « Race et racisme »- ; « Psychologie et démocratie »- ; « La civilisation est-elle en état de siège ? »- ; « Qu’est-il arrivé à l’avenir ? » et « Les racines anciennes du nouveau désordre ». Le nombre de contacts sur Facebook est très bas (5 400), pour une institution qui existe depuis 25 ans

Pour illustrer son « ouverture d’esprit », voici l’argumentaire de la fondatrice et directrice de l’Academy of Ideas, présenté en 2003 : « Le festival Genes and Society de l’Institute of Ideas, [...] en association avec Pfizer, rassemble un grand nombre de scientifiques, d’écrivains, de commentateurs sociaux, de régulateurs, de philosophes, d’artistes et de militants pour réfléchir et débattre des nombreuses implications des découvertes et des progrès de la génétique. La génétique soulève-t-elle des dilemmes éthiques exceptionnellement nouveaux et difficiles ? Peut-on faire confiance aux scientifiques, à l’industrie et aux gouvernements pour utiliser les technologies génétiques dans l’intérêt de tous ? Sommes-nous devenus trop méfiants à l’égard des scientifiques ? Existe-t-il des limites morales ou naturelles à ce que les humains devraient tenter de manipuler et de contrôler ? Réagissons-nous de manière excessive à ce qui ne nous est pas familier ? »

Cette « ouverture » est considérée comme fallacieuse par de nombreux commentateurs dont le consultant Ion Alexander [2010] qui a assisté à l’événement : « [...] s’il est vrai que d’autres visions du monde étaient occasionnellement représentées dans les panels, elles étaient délibérément faiblement représentées face à leur opposition humaniste [traduire : « furediste »], et régulièrement malmenées par le président du débat d’une manière franchement consternante ». Et ce témoin de citer un exemple caricatural : « Un débat intitulé “Des banques à BP : pouvons-nous faire confiance aux grandes entreprises ? ”, par exemple, réunissait un directeur des affaires générales d’une grande multinationale, le directeur général d’une société de services internationale et le rédacteur en chef des commentaires du Financial Times ». Et cette discussion « a permis de lancer un nouveau rapport d’une agence de relations publiques sur le rétablissement de la confiance dans le secteur bancaire » !

Claire Fox, elle-même, reconnaît que « l’ouverture » a ses limites : « lors de la Battle of Ideas de I ’année dernière, nous avons eu 250 intervenants et probablement environ 20 d’entre eux étaient des personnes qui ont été impliquées dans le RCP dans le passé. [...] si j’organise une conférence avec 250 orateurs, j’inviterai, bien sûr, des personnes pour lesquelles j’ai la plus grande estime politique [...] il est évident, pour être réaliste et honnête, que les personnes les plus susceptibles de vouloir travailler avec I ’Institute of Ideas seront sensibles au genre de choses que je dis » [Fox, 2007],

Africa Direct (1995-1998) : groupe de réflexion qui se présentait comme « un point de référence pour un débat critique sur les questions africaines », « un groupe bénévole de chercheurs, d’écrivains et de militants » qui abordaient « un large éventail de questions, notamment la démographie, les droits de l’homme, les ONG et le développement »- ; dans les années 1990, ils donnèrent la parole à des personnes qui niaient le génocide commis au Rwanda, ce qui était « logique » puisqu’une des militantes du RCP (Fiona Fox, future directrice du Science Media Center) écrivit un article dans LM qui affirmait : « [...] nous devons rejeter le terme “génocide ” au Rwanda. Il a été utilisé à l’intérieur et à l’extérieur du Rwanda pour criminaliser la majorité des Rwandais ordinaires, pour justifier l’ingérence extérieure dans les affaires du pays et pour conférer une légitimité à un gouvernement militaire minoritaire imposé au Rwanda par les puissances occidentales » [Fox, 1995).

Audacity (2000-2010 ?)  : cette société s’adressait aux « professionnels de l’industrie du bâtiment qui remettent en question les hypothèses et les limites du développement britannique »- ; selon elle, la notion de « durabilité » était un « fardeau » et les associations qui se mobilisaient contre des projets de construction avaient une mentalité « infantile ». Ses collaborateurs (dont des anciens du RCP comme James Heartfield, Kate Abley et son mari architecte lan Abley8, ainsi que James Woudhuysen qui écrivent dans Spiked et interviennent dans les débats de l’Academy of Ideas encore aujourd’hui) proposaient aux entreprises de rédiger des articles pour la presse spécialisée ou généraliste- ; élaborer des projets de recherche pour leurs contacts- ; rédiger et écrire des livres pour des éditeurs- ; intervenir lors d’événements et former des conférenciers- ; organiser des expositions et des événements. Les débats publics organisés par Audacity étaient ouvertement sponsorisés par des fournisseurs de matériaux de construction, qui existent toujours, comme la Modem Masonry Alliance (qui promeut l’utilisation de matériaux traditionnels comme la brique et la pierre), Reglit Glazing (vitrage spécialisé profilé en U) et Hunter Douglas Quadroclad (spécialisé dans la construction de façades).

Big Potatoes (2010-) : initiative lancée en 2010, autour d’un « Manifeste pour l’innovation » selon lequel « malgré son importance pour notre avenir économique, l’innovation a été largement négligée depuis le resserrement du crédit et est largement ignorée lors des élections générales au Royaume-Uni ». Une réunion publique fut organisée avec notamment un PDG de l’industrie pharmaceutique, un chroniqueur du Financial Times et Munira Mirza, militante de l’ex-RCP et à l’époque conseillère pour les arts et la culture à la mairie de Londres gérée par Boris Johnson. Parmi les auteurs de ce « Manifeste » on remarquera la présence de plusieurs collaborateurs réguliers de Spiked et de l’Institute of Ideas et de l’un des dirigeants historiques du RCP (Woudhuysen). Les thèmes abordés pendant le meeting étaient ceux que les « furedistes » défendent sur tous les sujets qu’ils abordent : il faut prendre des risques et s’attendre à des échecs, faire confiance aux citoyens et ne pas se fixer de limites pour que l’humanité progresse.

Campaign Against Militarism (1992-1999) : opposé à la « militarisation » du capitalisme et à « l’impérialisme », le CAM souhaitait protester contre la guerre du Golfe et contre les pressions occidentales sur la Serbie. Il mena des campagnes contre les interventions occidentales en Somalie, en Bosnie et en Irak, mais aussi contre une loi visant les rave parties.

Campaign for Internet Freedom  : ce groupe défendait une liberté totale de l’Internet et répercutait les débats autour des articles de la revue Living Marxism . Pour donner un exemple, le 17 octobre 1996, il organisa, dans le cadre d’une campagne « Get the Met off the Net » [Les flics hors du Net], une discussion publique autour de questions provocatrices comme « Pourquoi la pornographie sur Internet est-elle devenue le sujet qui préoccupe tout le monde ? La pornographie sur Internet nuit-elle à quelqu’un ? ».

Centre for Parenting Culture Studies CPCS : fondé en 2007 par Ellie Lee et lié à l’université de Kent où enseigna Frank Furedi pendant trente ans, ce « centre interdisciplinaire de sociologie et de recherche sociale » étudie les changements intervenus dans la « culture parentale » au cours des dernières décennies. Il coopère avec « d’autres établissements universitaires du Kent, notamment en droit et en psychologie, ainsi que dans d’autres universités au Royaume-Uni et à l’étranger ». Selon le site du CPCS, « l’éducation des enfants est presque toujours considérée comme un problème social. De nombreux acteurs sociaux ont cherché à faire de l’éducation des enfants un objet de politique encourageant l’émergence de l’activité parentale », ce qui aboutit à un accroissement de l’intervention de l’Etat dans la vie privée des familles, thème qui est l’un des dadas du RCP depuis ses débuts. Parmi les intervenants, on trouve des anciens militants ou sympathisants du RCP comme Jennie Bristow*, Jan Macvarish, Helen Reece et Stuart Waiton*. Ce centre n’a que 642 contacts sur Facebook.

Il faut noter que le seul livre de Furedi traduit en français porte justement sur le « parentage » (Parents paranos, Alias, 2001). Selon l’éditeur, « Dans cet essai, Frank Furedi s’adresse aux parents soucieux de bien élever leurs enfants. Il critique la tendance actuelle à la surprotection et à la paranoïa parentale, encouragée par les médias et les experts. Il invite les parents à faire confiance à leur propre jugement et à ne pas se laisser influencer par les discours alarmistes. Furedi défend l’idée que les enfants ont besoin de liberté et d’autonomie pour se construire. Il propose des pistes pour surmonter les peurs et les angoisses parentales et élever des enfants confiants et épanouis. »

Dans un livre intitulé Etre un bon parent. Une injonction contemporaine, paru aux Presses de l’EHSP, Claude Martin [2014] cite favorablement deux passages de textes de Frank Furedi qui éclairent les préoccupations de l’ex-dirigeant du RCP, bien au-delà de sa période militante : « Le parentage est devenu l’une des questions les plus vivement débattues du XXIe siècle. Si la culture occidentale attache une telle importance au parentage, c’est qu’il est considéré potentiellement comme la source de tous les problèmes sociaux qui affectent nos communautés. Une parentalité défaillante, de faible qualité, ou l’absence de ce qu’on appelle des compétences parentales, est tenue pour responsable de l’élevage d’enfants dysfonctionnels qui, par la suite, deviennent des adultes inadaptés. Suivant cette perspective fataliste, le déficit de compétence parentale est accusé d’être la cause des problèmes de santé mentale des enfants, des difficultés éducatives, des comportements antisociaux et des faibles capacités de faire face aux conséquences destructrices de cette mauvaise parentalité produisant leurs effets tout au long de la vie d’un individu ». Et, dans un autre texte, Furedi explique que :

{{Channel Cyberia et Easynet (1996) }} : réseau de cybercafés, magazine mais aussi site Internet et chaîne de télévision proposant beaucoup de textes et des images fixes sur le Net, dirigée par Helen Searls, une vétérane du RCP. La chaîne voulait critiquer les informations des grands médias mais ne dura que trois ans-; en dehors de l’actualité politique, elle proposait des rubriques consacrées au sport, au cinéma, à la science, etc. Elle inaugura une pratique courante aujourd’hui sur les réseaux sociaux, la publicité faite par les animateurs eux-mêmes, et aussi le chat en direct durant les émissions. Ce réseau de cybercafés fut créé, entre autres, par un vétéran du RCP, Keith Teare*. La société Easynet avait une double fonction (celle de fournisseur d’accès, et aussi celle de collecteur de fonds) et était dirigée par Phil Mullan* du... RCP. Pour que le tableau soit complet, Kenan Malik* écrivit un long article dans The Independent accompagné d’une interview de Keith Tiare*, sans mentionner leur appartenance commune au... RCP9.

{{Culture Wars (1999-2013) }} : revue culturelle en ligne et projet de l'Institute of Ideas10. Selon son site, « Culture Wars a été lancé pour la première fois en complément » d’une « conférence organisée par le magazine LM (anciennement Living Marxism) afin d'explorer ce qui se cachait derrière les débats nés aux États-Unis sur l'abrutissement” de la culture et de la société occidentales. [...] Claire Fox, coéditrice de LM, a ensuite fondé T Institute of Ideas en 2000, organisant une série de conférences et de débats [...] Culture Wars est devenu le site de T Institute of Ideas » pour explorer des thèmes comme « la question de l'élitisme dans les arts », « la montée de la “culture thérapeutique ” et l'ambivalence contemporaine à ! égard de la modernité », « Les intellectuels et l'opinion publique », « Le radicalisme, passé, présent et futur », « Les arts, la politique et l'identité » et « La religion, la politique et l'identité : Politique et identité et Religion et humanisme ».

{{Debating Matters :}} créée en 2003, elle organise une vingtaine de débats, chaque année, au Royaume-Uni, avec des centaines de lycéens autour de brochures et de thèmes très orientés dans une optique libertarienne et tout à fait conformes aux idées-forces de Furedi et du RCP comme : « Contre le conformisme »-; « La culture de l'annulation [cancel culture] est une menace pour la démocratie »-; « Le gouvernement britannique devrait légaliser le statut des mères porteuses »-; « Les milliardaires qui possèdent des médias nuisent à la démocratie »-; « Nous devrions accepter les risques inhérents aux sports de contact » (on a là une illustration de la critique de la « culture de la peur » dénoncée par les « furedistes ») « Les travailleurs du secteur de la santé devraient être autorisés à faire grève »

« La congélation sociale des ovules donne du pouvoir aux femmes » « Les modes de vie malsains ne sont pas l'affaire du gouvernement » « Y a-t-il trop de gens qui vont à l'université ? »-, « Les musées doivent-ils rapatrier les objets culturels dans leur pays d'origine ? » « Faut-il interdire les smartphones en classe ? » etc.

Comment se présente cet autre pseudopode des anciens du RCP où l’on retrouve Claire Fox et qui organise des initiatives communes avec l’Academy of Ideas qu’elle préside ?

« Le débat est important parce que les idées sont importantes. C'est le principe de la compétition "Debating Matters" qui met l'accent sur les connaissances et la clarté de pensée des orateurs plutôt que sur les points d'ordre et la rhétorique. En débattant de questions du monde réel, les élèves sont initiés aux controverses clés en tête de l'agenda public. [... ] [Notre] concours [annuel] met les élèves au défi d'aller au-delà des gros titres des médias et d'approfondir les plus grandes questions auxquelles la société est confrontée. [...] Nos débats sont différents des autres formes de débat qui sont principalement axées sur l'art oratoire [... ] :

- ils mettent l'accent sur “la substance plutôt que le style ”, et jugent les équipes sur les meilleurs arguments et les meilleures recherches, et non sur la rhétorique la plus fleurie-;

- ils encouragent les élèves à rechercher des sujets bien à l'avance en utilisant des “guides de sujets"

- ils mettent en situation les débats du monde réel tels qu'ils sont perçus par les élèves et par l'opinion publique et sont discutés dans le monde politique et les médias-;

- ils impliquent d'éminents juges qui interrogent les orateurs et les mettent sur la sellette pour qu'ils justifient leurs arguments. Debating Matters est un projet d'Ideas Matter. [...] Le concours a été lancé précédemment par I'Academy of Ideas. »

Nombre de contacts sur Facebook (pour le concours) : 2 500 et aucun post depuis mars 2023.

{{Design Agenda (1994-2008)}} : think tank créé en 1994 autour du rôle du design par deux sympathisants du RCP Nico Macdonald (engagé désormais dans le conseil aux grandes entreprises) et Kevin McCullagh (aujourd’hui consultant en innovation pour « Airbus, Deutsche Telekom, Ford, Hyundai, Logitech, McLaren, Samsung, Sky and Virgin Voyages » selon Linkedin). Il a organisé plusieurs débats publics jusqu’en 2005 avec d’anciens cadres du RCP (James Woudhuysen, Alex Cameron et James Heartfield).

{{Don’t Divide Us (DDU)}} : créée pour combattre les répercussions du mouvement Black Lives Matter au Royaume-Uni, cette « organisation de base » est favorable à ce qu’elle appelle un « antiracisme sans distinction de couleurs ». Selon son site, « Don't Divide Us est un mouvement populaire composé de toutes sortes de personnes qui se sont réunies pour la première fois au cours de l'été 2020 pour contester l'idée que la Grande-Bretagne est systématiquement raciste. A la suite du meurtre de George Floyd aux États-Unis, les manifestations se sont étendues au Royaume-Uni et ont importé une vision américaine de la race qui ne correspondait pas à notre expérience ici, mais qui n'a pas été remise en question dans les médias. Nous pensons que ce message simpliste et diviseur risque de saper les progrès réalisés par le Royaume-Uni pour devenir une société multiraciale largement cohésive et prospère. Nous faisons aujourd'hui campagne contre le déploiement de cette approche raciale dans nos institutions, et dans les écoles en particulier. » Elle a mis en place une pétition et déjà produit deux rapports pour le ministère de l'Education dans lesquels elle prétend démasquer « P enseignement clandestin de la Théorie critique de la race » et de « /’ imaginaire privilège blanc » par les associations qui viennent donner des conférences sur le racisme dans les établissements scolaires et qui fournissent « des listes de livres conseillés et des lignes d'orientation pour le personnel des écoles ».

DDU mélange des positions générales justes (la défense de la liberté et de la tolérance, la lutte contre les préjugés racistes) et des considérations nationalistes : « La Grande-Bretagne est une société multiculturelle prospère qui a une histoire positive à raconter en ce qui concerne les relations interraciales » ou paranoïaques quand cette association dénonce « une culture maccarthyste du conformisme dans laquelle remettre en question le nouveau dogme signifie risquer sa vie et sa réputation »-; « les appels à la destruction massive de statues, de symboles et d'œuvres d'art historiques [qui] alimentent une guerre malsaine contre le passé et attisent les guerres culturelles du présent » et « une focalisation obsessionnelle sur l'impact du colonialisme [qui] menace de transformer l'histoire en un conte moral, plutôt qu'en une compréhension complexe et tridimensionnelle du passé ».

Ces affirmations tonitruantes ne font que reproduire les discours les plus caricaturaux de la droite nationaliste et de l’extrême droite xénophobe (anglosaxonne et internationale). Elles contrastent avec le ton beaucoup plus mesuré et avec les arguments intelligents avancés dans son « Glossaire » critique et qui méritent d’être débattus11 12.

{{Engaging Cogs (2006-2007) }} : projet lié à l'Institute of Ideas et à Spiked, censé promouvoir les débats sur l’ingénierie. Sa directrice (Timandra Harkness) a écrit plusieurs articles dans Living Marxism, la revue du RCP, écrit dans Spiked et a animé des événements pour la Battle of Ideas. Selon son site13, cette comédienne, journaliste et présentatrice de la BBC, aujourd’hui à la retraite, défend toujours, en 2025, la ligne idéologique des « furedistes » comme en témoignent les titres de ses livres récents : « Les Big Data : la taille importe-t-elle ? » (2016) et « La technologie n'est pas le problème » (2024) et son intérêt pour les « questions relatives au risque ». Elle a notamment écrit pour The Telegraph, The Guardian, The Sunday Times, Unherd, le BBC Focus magazine, WIRED, The New Statesman, Men's Health et est intervenue lors d’événements très officiels organisés par le Cheltenham Science Festival, la Royal Society*, le British Council, la Royal Geographical Society, la British Library, l’Alan Turing Institute, la Royal Academy of Engineering, etc. Aujourd’hui retraitée, Harkness est membre du conseil d’administration de la Royal Statistical Society.

{{Families for Freedom (1996-1999)}} : également connue sous le nom de Families Need Freedom, cette campagne reposait sur le raisonnement suivant : « Nous pensons que les risques encourus par les enfants sont largement exagérés. Tout indique que les enfants sont plus en sécurité, en meilleure santé, mieux nourris, mieux alphabétisés et plus familiarisés avec l'informatique que jamais auparavant. Les taux de mortalité prénatale, infantile et juvénile ont continué à baisser au cours des deux dernières décennies. Le risque minuscule d'enlèvement et de meurtre d'enfants n'a pas augmenté depuis l’après-guerre. Et la criminalité juvénile, malgré tous les titres effrayants, est faible et en baisse. En revanche, nous pensons que les enfants sont confrontés à des problèmes très réels aujourd'hui. Ils sont surprotégés et on les empêche de développer une vie distincte de celle de leurs parents. Ils sont conduits à l'école et surveillés pendant leurs jeux, et leurs activités sont organisées par des adultes. Par conséquent, ils ont de moins en moins l'occasion d'explorer le monde par eux-mêmes, de choisir leurs propres amis et d'apprendre ce que signifie être indépendant. » Ce discours rassurant et rationnel, élaboré juste avant la dissolution du RCP pouvait encore tromper son monde puisqu’il affirmait que « Réformer les individus plutôt que la société est devenu l'objectif principal des professionnels et des politiciens », mais la critique des illusions réformistes ne dura guère chez les « furedistes ».

Le livre de Frank Furedi, traduit en français sous le titre Parents Paranos, s’appuya sur les résultats de cette campagne. Parmi les personnes qui la dirigèrent, on trouve quatre personnes qui ont écrit des articles dans Living Marxism et Spiked et dont l’orientation politique « furediste » n’a apparemment pas changé jusqu’à aujourd’hui : l’essayiste Kate Abley, autrice d’un livre publié en 1999 intitulé « Balançoires et manèges : les dangers que pose la sécurité des jeux en extérieur »-, l’universitaire Wendy Earle qui continue à défendre « la liberté d'expression dans les arts et l'intérêt de l'art pour l'art »-, l’essayiste Tiffany Jenkins, autrice d’un livre qui plaide pour que les œuvres volées dans les pays du tiers monde restent dans les musées britanniques14-; et l’historienne Bernadette Whelan.

{{Feminists for Justice (1998-2000) }} : groupe dirigé par l’universitaire Sara Hinchliffe qui écrivit un article dans Spiked en 2001, intervint encore à la Battle of Ideas en 2012 et est toujours membre de F AF AF selon son profil Linkedin.

{{Freedom in a Puritan Age (2009) }} : magazine en ligne aujourd’hui disparu et qui publiait des auteurs de la nébuleuse des anciens du RCP, dont la dénonciation du « puritanisme » a toujours été un axe d’intervention politique.

{{Freedom & Law}} : campagne contre le renforcement des pouvoirs de la police, lancée en 1997, notamment par un avocat, Daniel Lloyd avec l’aide de Helen Reece15 (professeure de droit à la London School of Economies), tous deux collaborateurs de Living Marxism et de Spiked.

{{Future Cities Project }} : créé sans doute en 2010 (en tout cas, il conçoit des « événements » dès 2012), le site existe toujours. Le FCP organise une réunion par mois dans le cadre d’un club de lecture-; des événements annuels avec une pléiade d’universitaires, d’architectes, d’entrepreneurs, de hauts fonctionnaires et de journalistes-; et publie une douzaine d’articles par an. Sa présentation est assez triomphaliste, comme tous les projets « furedistes » : « Le projet Future Cities explore de manière critique les questions relatives à la ville et à la société depuis plus de 15 ans. De la prétendue Renaissance urbaine à la Big Society*, en passant par le Brexit et Covidl9, nous avons écrit plusieurs livres, des centaines d'articles et organisé d'innombrables événements locaux, nationaux et internationaux. » Après cette introduction, le site nous injecte tout de suite une petite dose d’« iconoclasme » furediste : « Nous apprécions les automobiles, les aéroports, le carbone, le choix et la consommation. La densité urbaine, la démographie, le développement, la consommation d'énergie et l'expérimentation ne nous dérangent pas. Nous apprécions la croissance, les infrastructures, le modernisme, la productivité, le risque et la vitesse-; et nous célébrons les transports, la modernisation et l'urbanisation. [...] nous voulons remettre en question l'influence néfaste de la durabilité, du principe de précaution et de l'aversion au risque dans l'environnement social et politique plus large dans lequel nous évoluons tous. »

{{Generation Youth Issues (2008-2013)}} : association caritative présente en Ecosse qui s’intéressait aux relations des enfants et des jeunes avec leurs pairs et avec les adultes dans leurs quartiers. Son site mentionnait les « suspects habituels » de l’ex-RCP ainsi que Debating Matters, le Manifesto Club, la Battle of Ideas, Culture Wars et Spiked. Les thèmes évoqués sur son site ont été repris dans un livre de Furedi (« Pourquoi les frontières comptent ») publié en 2020 dans lequel il affirme que la réticence des parents à imposer des limites à leurs enfants a engendré une génération de « milléniums » infantilisés qui agissent comme des adolescents, refusent d’entrer dans l’âge adulte et gobent les idéologies identitaires.

{{Global Futures :}} cette organisation dite « caritative » créée en 1995 par deux cadres du RCP, Phil Mullan et Michael Fitzpatrick, « finance des recherches et des publications sur les nouvelles tendances sociales. Son objectif est de rassembler les expériences et les connaissances de différents secteurs sociaux - universitaires, commerciaux, populaires et politiques - afin d'améliorer la qualité du débat public » sur des questions comme « l'impact des changements démographiques et économiques sur les expériences et les attitudes des personnes par rapport à leur travail » ; « l'organisation changeante de la vie familiale due aux changements démographiques et économiques, en prêtant attention au genre, à la jeunesse, à la population vieillissante, aux soins de santé familiaux et à l'évolution des perceptions morales »-; « le rôle des institutions, du niveau local au niveau international, dans la formulation des politiques en relation avec les mouvements démographiques, la vie familiale et le processus de travail ».

Apparemment, Global Futures a publié seulement deux articles depuis sa création dont un texte de Frank Furedi en 2002 : « Refuser d'être victime de la terreur. Comment gérer le risque après le 11 septembre », financé partiellement par la compagnie d’assurance Lloyds et l’Association des gestionnaires des assurances et des risques dans le commerce et l’industrie (AIRMIC)16. Comme le découvrirent Rowell et Matthews [2003], le numéro de téléphone de Global Futures était à l’époque le même que celui de... Sense about Sense*, pour lequel travaillaient au moins deux ex-cadres du RCP (Fiona Fox* et Tony Gilland*) étroitement liés à Spiked et à l'Institute of Ideas (devenu F Academy of Ideas) de Claire Fox*. Rappelons que Sense about Science est censée fournir une information scientifique neutre et de qualité aux journalistes. Le site de Global Futures site est désormais inactif.

{{Global Uncertainties Schools Network (2010) :}} projet de Debating Matters disposant, paraît-il, d’un budget de 105 millions de livres sur dix ans afin de mener des recherches sur « cinq menaces mondiales interdépendantes pour la sécurité : la pauvreté (et l'inégalité, l'injustice), les conflits, la criminalité transnationale, le stress environnemental et le terrorisme ». Ce projet semble s’être envolé en fumée....

{{Hands Off the Middle East Committee (HOME)}} : organisation de façade lancée en 1990 pour s’opposer à l’intervention occidentale après l’invasion du Koweït par l’Irak. Elle fut dissoute pour créer la CAM (Campagne contre le militarisme) trois ans plus tard.

Hands Off The Human footprint (2009) : projet annoncé par Spiked, avec quatre membres sur Facebook et aucun post depuis 2011, mais on y retrouve les cadres « furedistes » D. Cummings, J. Heartfield, B. O’Neill, etc.

{{Ideas Matter :}} cette organisation caritative « cherche à renouveler la vie sociale par le débat, la discussion et l'éducation sur les grandes idées qui ont inspiré l'humanité. Ideas Matter estime qu'une bonne citoyenneté et une bonne éducation, nos objectifs caritatifs, reposent sur les idées qui ont été exprimées, remises en question et discutées lors d' événements majeurs au cours de l'histoire ». Disposant de trente bénévoles, son budget annuel varie de 142 000 à 330 000 euros.

{{Inter-Generation (2008-2009) : }} organisation caritative créée par F. Furedi et J. Bristow, et censée « promouvoir l'information et la discussion » sur les questions « de l'accompagnement parental, du risque et des relations intergénérationnelle s ».

{{Internet Freedom (1996-2006) {{}}}} : campagne animée notamment par un membre du RCP et collaborateur de Living Marxism, Chris Evans, qui semble avoir pris ses distances avec la mouvance « furediste » puisqu’on ne trouve plus son nom dans la liste des intervenants de leurs réunions publiques. (Selon son CV en ligne, il « a commencé par faire des recherches sur la logique et l'intelligence artificielle, avant de s'intéresser à l'informatique multimédia et à l'apprentissage assisté par ordinateur » et enseigne aujourd’hui au très prestigieux University College London’s Interaction Centre.) Internet Freedom fut lancée en réponse à une décision du World Wide Web Consortium (ou W3C) d’aider les parents à contrôler l’usage du Net par leurs enfants. (Le W3C est un « organisme d'intérêt public à but non lucratif > créé en 1994 qui a élaboré les normes techniques fondamentales sur lesquelles le web s’est développé.) Au départ, la campagne s’appelait « Les flics hors du Net. Campagne pour la liberté de l’Internet ». Son site web faisait la promotion de Spiked animé par les anciens du RCP.

Irish Freedom Movement (IFM) : créé en 1982, à la suite de la campagne Smash the Prevention of Terrorism Act, il s’auto-dissout en 1994. Il publie son propre journal : Irish Freedom. Il fut très actif jusqu’à ce que l’IRA commence à négocier avec le gouvernement britannique et accepte que la réunification des deux Irlande soit le résultat d’un choix électoral de la majorité des habitants d’Irlande du Nord, et non plus d’une lutte armée.

Libero ! (1997-2000)  : groupe créé par un supporter de l’équipe de Manchester United, et dont au moins un membre (Viral Shah) écrivait pour la rubrique sports du site Spiked-on-line.

Litigious Society : créé par Global Futures*, ce projet mena campagne contre ce qu’il considérait comme une « culture de la compensation », parce qu’il s’inquiétait du coût des litiges légaux pour l’économie britannique. Dans un rapport de Furedi pour le très réactionnaire Centre for Policy Studies*, l’ex-dirigeant du RCP remercia Tracey C. Brown, la coordinatrice du Litigious Society Project et Bruno Waterfield (aujourd’hui journaliste au Times et participant régulier de la Battle of Ideas) pour les informations que ces deux collaborateurs de la revue Living Marxism et du site Spiked lui avaient fournies.

London International Research Exchange (1994-1998)  : ce groupe mena une campagne pour nier les atrocités commises par les nationalistes serbes et publia des contributions de Thomas Diechmann du magazine Novo, toujours actif, du moins en ligne, et dans le secteur de l’édition.

ManTownHuman  : créé en 2008, ce projet a été « fondé pour lancer un débat sur l’avenir de P architecture. Nous pensons que ce n’est qu’en s’engageant de manière critique avec des idées qui sont largement acceptées et rarement débattues que nous pourrons redévelopper une notion de vision architecturale qui vaille la peine d’être défendue ». Toujours modérément actif, le site Future Cities Project ne donne aucun détail sur les activités de ManTownHuman.

Maverick Club : club-restaurant créé en 1998 par au moins trois collaborateurs du magazine IM : D. Cummings, J. Macvarish et T. Gilland. Dolan Cummings est l’auteur d’un livre collectif sur « Le changement de rôle de l’intellectuel public » qui contient une contribution de... Frank Furedi. Jan Macvarish a écrit « Parentage et neurosciences : l’invasion des familles par les experts » (un thème cher à Furedi et aux « ex » du RCP) et elle est, depuis 2020, directrice des événements du Free Spech Union. Le FSU dénonce « la guerre du Labour contre la liberté d’expression », la culture de l’annulation (cancel culture), l’interdiction des thérapies de conversion pour les enfants qui prétendent « ne pas être nés dans le bon corps », etc. Quant à Tony Gilland, il a travaillé pendant plusieurs années pour F Institute of Ideas dirigé par Claire Fox. « Ce qui n’était au départ qu’un petit groupe d’amis se réunissant pour dîner s’est rapidement organisé autour de la structure d’un exposé formel d’un conférencier invité, suivi de questions. [...] La semaine dernière, le Maverick s’est réuni pour écouter Simon Hoggart, du Guardian, donner une conférence sur la politique parlementaire [...] accueilli par un auditoire de quarante personnes et composé d’avocats, de conférenciers, de designers et autres. [...] Selon Jan Macvarish, des sujets tels que le stress, la jeunesse ou les problèmes de santé ont été plus populaires que les sujets plus manifestement politiques17 » - ce qui n’a pas empêché ce club d’inviter notamment Kennan Malik, sociologue très médiatique, ancien cadre du RCP et collaborateur de Spiked, mais apparemment moins à droite que ses ex-camarades.

Modern Movement (2009)  : campagne éphémère et groupusculaire pour dénoncer les protestations contre l’expansion de l’aéroport d’Heathrow, le projet d’une troisième piste qui soulevait beaucoup d’opposition localement et plus généralement pour soutenir la croissance du transport aérien, selon la ligne traditionnelle des anciens du RCP et des contributeurs de Living Marxism, Spiked et l’Academy of Ideas.

Novo  : revue allemande créée en 1992, à l’initiative d’un petit groupe d’étudiants trotskystes de Francfort (Linkswende) qui rejetèrent ensuite le marxisme. Son rédacteur en chef, Thomas Diechman18, écrivit l’article pro-serbe qui fit sombrer LM, après le procès pour diffamation que perdit Living Marxism en 2000. Le site de cette publication, trotskisant au départ et désormais libertarien, attaque les « éducateurs populaires, les alarmistes professionnels, les technocrates et tous ceux qui pensent que moins de liberté est la réponse aux défis de notre temps ». Novo s’appelle désormais Novo-Argumente für Freiheit und Fortschritt (« Arguments pour la liberté et le progrès »). Le Freiblick Institut, ouvertement libertarien, créé autour d’un « Manifeste pour la liberté » en 2013 soutient activement Novo. Les signataires de ce texte (Sabine Beppler-Spahl, Alexander Horn, Sabine Reul, Johannes Richardt, Kai Rogusch et Thilo Spahi) défendent tous les points de l’agenda « furediste » : « l’héritage des Lumières : la raison, le progrès et l’orientation vers l’avenir- ; la confiance dans l’autonomie de l’individu et dans la capacité humaine de création- ; le renouveau de la démocratie- ; la croissance mondiale et l’ouverture des frontières » (là je suis un peu sceptique vu l’hostilité généralisée de ce courant à l’immigration actuelle) - ; « la liberté en matière d’éducation, de recherche, d’art et de religion- ; la remise en question des paniques morales, des peurs irrationnelles et des mythes modernes- ; la liberté d’expression sans aucune restriction- ; une société ouverte à l’expérimentation, au risque et à la tolérance ». Il est donc normal que les signataires du « Manifeste » participent aux réunions publiques organisées par F Academy of Ideas et la Battle of Ideas. Sur son site, Novo se présente comme « un espace de controverse » « humaniste » et « non conformiste » comme tous les pseudopodes « furedistes », dont le site Spiked avec lequel il collabore. Il publie des livres et organise une conférence de Debating Matters à Berlin. Aujourd’hui, le site Novo défend fréquemment des positions climatosceptiques [Jäger, 2009], favorables à l’énergie nucléaire et au génie génétique. L’une de ses collaboratrices régulières a récemment écrit un article expliquant que « Die Linke est désormais un parti anti-ouvrier19 », ce qui pourrait sembler le titre d’un texte d’inspiration « anarchiste » ou « autonome ». Mais ne vous inquiétez pas : cette dame (Sabine Beppler-Spahl) écrit aussi dans le très réactionnaire The European Conservative et hésite à qualifier F AfD de parti d’extrême droite dans ses articles pour Spiked. En 2021, les éditions Novo Argumente Verlag ont publié un livre collectif intitulé « Le confinement et la solitude » qui contenait un article de Daniel Bel-Ami, vétéran du RCP. Dans les articles publiés sur ce site on ne s’étonnera pas de trouver tous les collaborateurs de Living Marxism, IM et Spiked ainsi que des noms comme ceux du psychologue réactionnaire Jordan Peterson*.

Parents Against the Charter : organisation lancée en 1990/1991 et dissoute la même année. Elle entendait lutter contre la volonté du gouvernement d’enseigner de « bonnes pratiques » aux parents pour qu’ils éduquent mieux leurs enfants. Cette dénonciation d’une intervention jugée « abusive » de L’État dans la vie familiale est un vieux thème commun au RCP et aux libertariens, même si cette obsession peut parfois amener ses partisans à avancer des hypothèses intéressantes. Ainsi, dans un livre inspiré par les travaux de Furedi et paru beaucoup plus tard (2016) l’ex-militante du RCP « Jan Macvarish décrit la manière dont, au Royaume-Uni, les connaissances acquises en neurosciences ont été peu à peu détournées et mises au service d’un projet politique d’interventions précoces et préventives en direction des parents de très jeunes enfants, afin de former ces parents, voire de les “rééduquer”, à leur travail parental. (...) cette politique préventive de neuroparenting menace la vie privée des familles et les droits des parents en remettant en question les droits et les responsabilités fondamentaux sur leur rôle et leurs prérogatives. (...) les mères sont les principales cibles du neuroparenting et (...) une multitude de pratiques courantes, telles que manger, boire, discuter ou s’inquiéter, sont décrites comme potentiellement pathogènes et instrumentalisées par cette neurobiologisation. (...) Elle décrit un système dans lequel un lobby d’entrepreneurs moraux défenseurs de la thèse des trois premières années [selon laquelle “Tout se joue avant 3 ans”] devient assez influent pour orienter l’action de dirigeants politiques préoccupés par les conséquences perçues et les coûts induits par la pauvreté, en particulier celle des enfants. Dans ce contexte, les (mauvaises) actions des parents sont considérées comme les principales responsables de nombreux problèmes économiques et sociaux. (...) Pour Jan Macvarish, le neuroparenting est aussi une façon d’éviter d’aborder les questions morales et politiques en mobilisant la science et la nature comme sources de vérité universelle et incontestable. La principale menace du recours à ce neuroparenting serait de faire perdre aux parents leur capacité d’agir, leur autorité et leur autonomie, par des discours publics qui les dévalorisent et par des actions gouvernementales qui les soumettent à l’omniprésence de l’expert » [Perron, 2019].

Parents With Attitude : site web fondé en 2002 et animé par Jennie Bristow*, collaboratrice régulière du magazine LM. Il renvoie au Forum des parents de F Institute of Ideas, au Manifesto Club et à Spiked.

Pro-Choice Forum : fondé en 1997 par une collaboratrice très active de LM, Ellie Lee, ce groupe est lié au Progress Educational Trust*, également influencé par le réseau LM. Ses articles sont rédigés par des collaborateurs du magazine LM et de l’ex-RCP, notamment Josie Appleton, Jennie Bristow, Stuart Derbyshire, Michael Fitzpatrick*, Ann Furedi*, Frank Furedi*, John Gillott*, James Heartfield*, Munira Mirza*, Juliet Tizzard et Kevin Yuill.

Progress Educational Trust (PET) : ce lobby favorable aux technologies génétiques pour résoudre les problèmes des personnes qui souffrent d’infertilité ou d’une maladie génétique a été fondé en 1992, après une campagne lancée en 1985 pour réagir contre la tentative du député conservateur Enoch Powell (« célèbre » aussi pour son racisme et sa xénophobie) de faire adopter une loi qui aurait rendu illégales la recherche sur les embryons humains et la FIV. La revue Living Marxism du RCP a consacré un numéro entier20 à ces questions en avril 1994 et Juliet Tizzard, l’ancienne directrice du PET et de la revue BioNews (qui a aujourd’hui 18 000 lecteurs), a écrit des textes dans le magazine LM en mars 2000 21 et sur le site Spiked. Elle a participé à plusieurs reprises aux débats de l’Institute of Ideas fondé par Claire Fox. Parmi les collaborateurs du PET, on retrouve d’anciennes militantes comme Fiona Fox, directrice fondatrice du Science Media Centre, ainsi que le médecin et ex-cadre du RCP Michael Fitzpatrick.

Salons : initiatives décentralisées de la Battle of Ideas, créées en 2005. Selon Hepworth [2023], le réseau RCP/LM/Spiked a, « au cours des années 2000, élargi son calendrier régulier de conférences et de salons, attirant des orateurs de haut niveau venant d’un milieu extérieur aux anciens du parti ».

Ces salons se tiennent encore dans certaines régions (par exemple, dans le Derbyshire au centre de l’Angleterre22). Les sujets vont de « La pertinence de Marx au XXIe siècle » aux « Leçons du confinement » en passant par « léloge de la boxe », « Les empires britanniques » ou une tentative de « Repenser l’antisémitisme », Quant aux conférenciers, ils ont des profils très divers (un acteur-poète-chanteur- ; un diplômé en psychologie- ; un philosophe- ; deux historiens- ; un journaliste, etc.) et l’on y retrouve plusieurs ex-du RCP ou collaborateurs de Spiked.

Science Media Center (SMC)  : dirigé par une ex-militante du RCP, Fiona Fox, depuis sa création en 2002, ce centre de vulgarisation scientifique, qui prétend fournir des informations scientifiques neutres, a été l’objet de nombreuses critiques [Rowell et Matthews, 2003- ; Fatalovic 2014- ; Foucart et Horel, 2020 ]. Tout d’abord, le SMC est accusé de fournir des articles prémâchés aux journalistes sur des sujets controversés (OGM, réchauffement climatique, etc.), ce qui, dans un secteur d’activité où l’argent investi dans l’investigation et la vérification des faits diminue sans cesse, pousse les journalistes à faire de simples copier-coller d’interviews ou d’extraits de conférences de presse sans en vérifier l’exactitude et sans rechercher des avis divergents. Second reproche : le SMC défend une orientation idéologique très particulière puisqu’il est favorable au développement économique (donc aux industries capitalistes), ce qui est précisément la ligne des vétéranes du RCP comme Fox. Enfin, le financement du SMC pose des problèmes : un bon quart vient du secteur privé23 (même si Fiona Fox jure que cela n’a aucune influence sur les avis des scientifiques sollicités - à condition qu’il s’agisse de vrais chercheurs, ayant des avis différents, et non de lobbyistes déguisés !) - ; de plus, les subventions publiques qui sont allouées au SMC seraient les bienvenues dans la recherche, qui manque cruellement de fonds. Foucart et Horel [2020] soulignent également que les industriels (notamment ceux « du tabac, des pesticides, du plastique ou du pétrole ») ont changé de stratégie pour influencer les opinions publiques : elles s’appuient désormais sur des micro-influenceurs peu compétents, des petites associations et des ONG qui souhaitent sincèrement faire de l’éducation populaire. Cela permet aux industriels de semer le doute quand ils sont critiqués et surtout de faire diffuser indirectement des thèses favorables à leurs intérêts économiques, tout cela au nom de la lutte contre l’« obscurantisme » et les <

Sense about Science  : fondée en 2002, cette association caritative scientifique jouit d’un budget conséquent (plus de 400 000 euros de dons annuels en 2022, selon son site). Le journaliste écologiste George Monbiot qui collabore au Guardian a écrit plusieurs articles au vitriol depuis 2003 pour dénoncer « l’entrisme » des anciens du RCP dans cette association et ses liens financiers. Un universitaire [Laurens, 2020] a publié, en français, un véritable réquisitoire contre cette ONG, réquisitoire assez convaincant pour ce qui concerne les liens entre un certain nombre de « furedistes » (dont la directrice de Sense about Science, elle-même), de grandes entreprises, des cabinets de conseils, des institutions académiques, des politiciens conservateurs et des agitateurs libertariens, reaganiens, ou philo-trumpistes. Personne ne s’étonnera que des écologistes favorables, par exemple, aux bienfaits de l’homéopathie (ou hostiles aux OGM, au nucléaire et aux sacs en plastique) se déchaînent contre les positions de Sense about Science sur ces sujets et cherchent à découvrir des motivations intéressées aux animateurs de cette ONG suspecte et aux vétérans du RCP comme cet historien qui considère que « les villes sont étranglées par les ceintures vertes », et rend les écolos responsables des loyers élevés, de l’augmentation des prix de l’immobilier et de l’accroissement du nombre de sans-abri, puisque « les promoteurs immobiliers avides de terrains et les propriétaires cupides » n’y sont absolument pour rien, d’après lui [Heartield, 2017] !

Spiked : site « né au printemps 2000, dans les tranchées [sic !] de la guerre pour la liberté d’expression » après que le magazine « furediste » LM eut été condamné à payer une amende d’un million de livres à la chaîne ITN pour l’avoir diffamée. Spiked apparut à une époque où personne ne pensait qu’un tel média pouvait gagner de l’argent, comme l’explique Tom Slater24 dans un bilan triomphaliste au terme de 25 ans d’existence sur le Net. Quels ont été ses thèmes de prédilection ? Aller « à rencontre du “consensus ” des élites sur tous les sujets, du changement climatique à l’Union européenne »-, propager « une foi inébranlable en l’humanité » et « un engagement farouche en faveur de la liberté d’expression » pour « transformer le monde autour de soi, persuader les gens, changer les esprits »-’, critiquer « sans ménagement les invasions et les occupations de l’Afghanistan et de l’Irak » tout en s’attaquant « aux gauchistes qui ont présenté la barbarie islamiste d’Al-Qaïda comme un coup justifié porté à l’Occident »-’, dénoncer les « implications régressives et appauvrissantes de l’environnementalisme » ; « être internationalistes tout en défendant la souveraineté nationale et en combattant l’idée d’un super-Etat alors en train d’être créé à Bruxelles »-’, se positionner « à l’avant-garde de la lutte contre la nouvelle censure, qui est arrivée sous les traits de la “justice sociale ” » et dénoncer « les politiques identitaires ». Cet autoportrait complaisant tracé par Brendan O’Neill (vétéran du RCP) et Tom Slater (jeune disciple de Furedi) esquisse bien comment ce site vend sa camelote libertarienne, en ne reculant devant aucune contradiction théorique et en se présentant comme le porte-parole de l’anticonformisme « radical ».

La défense inconditionnelle de la « liberté d’expression » amène les collaborateurs actuels du site Spiked (Fraser Myers, Brendan O’Neill, Mark Birbeck, Paula Boddington et Luke (dittos) à tenir de curieux raisonnements « abstentionnistes » à propos de l’agitateur Tommy Robinson, dans leurs articles en ligne. Certes, ils reconnaissent qu’il s’agit d’un « escroc » multirécidiviste, « particulièrement malhonnête », « peu recommandable » d’un menteur, d’un falsificateur et d’un diffamateur, mais ils dénoncent la « censure » dont il est « victime » à cause des multinationales qui contrôlent les réseaux sociaux et le transforment en « martyr », mais aussi à cause des dénonciations de la gauche qui exagéreraient son importance. Cependant, on peut constater une différence de taille avec leur position « antifasciste-abstentionniste » durant les années 1970 : aujourd’hui, ils considèrent que les questions posées par Tommy Robinson (sur les gangs de violeurs et de maquereaux étrangers, l’immigration de masse, l’islamisme, le multiculturalisme, etc.) devraient être soumises au débat démocratique, mais que les « réponses » que Robinson fournit ne sont pas appropriées. En cela, les « furedistes » de Spiked légitiment des thématiques racistes, xénophobes et antimusulmanes lancées par l’extrême droite (y compris par Farage et le Brexit Party qu’ils ont soutenus) en sous-estimant délibérément leur portée politique néfaste et en minimisant la dangerosité de Tommy Robinson qui, comme ils le rappellent eux-mêmes, avait pourtant un million de « followers » sur Facebook. Enfin ils accusent « la gauche » d’avoir transformé Robinson en un « guerrier de la vérité » prétendument « persécuté par un Etat tyrannique » mais ils se gardent bien d’expliquer comment une critique radicale de ses idées fascistes pourrait magiquement convaincre son fan club de rejoindre l’amicale des amoureux de la démocratie et de liberté d’expression, qu’ils prétendent incarner.

The Full Brexit (2018-)  : « groupe de pression ouvertement de gauche lancé à l’été 2018 pour recadrer le récit du Brexit et en faire une question de “démocratie” plutôt qu’une simple attaque contre les immigrés. Aux côtés d’une poignée de conservateurs sociaux du Blue Labour* et de marxistes du Lexit » (censé être un Brexit de gauche), « une bonne moitié de ses vingt signataires fondateurs sont des membres du réseau RCP » [BobfromBrockley, 2019). Pour les « furedistes », en effet, le Brexit marqua « la première avancée politique depuis une génération » et une « remise en question de la technocratie mondiallste » [Hepworth, 2023],

Transport Research Group : (2000-2008) : ce groupe fondé par l’architecte Austin Williams (collaborateur de Living Marxism et Spiked dans lequel il intervient surtout sur des questions politiques et non techniques25) se transforma en Future Cities Project (voir plus haut), avec la même équipe de collaborateurs proches du magazine LM et du site Spiked. Comme toutes les autres poupées russes créées par les « ex » du RCP, ce groupe se présenta en termes très flous comme une « organisation non affiliée et indépendante, qui vise à faciliter la discussion entre les représentants de divers intérêts dans le domaine des transports ».

WORLDwrite a été créée en 1994 « après avoir effectué des tournées antiracistes européennes, de l’ONU à Buchenwald » ce qui est plutôt vague - le siège de l’ONU n’étant pas en Europe ! De plus il n’est pas précisé que cette organisation a été créée par des militants du RCP. On apprend que ses membres se sont rendus au Japon, à Hiroshima, en 1995 (dans le cadre d’une mystérieuse « tournée d’un an dans les écoles et les villes du Royaume-Uni pour dire la vérité sur Hiroshima26 »’), puis au Ghana en 1997 (pour y apporter des ordinateurs dans des villages), et ensuite en Inde et au Brésil. Il s’agissait, toujours selon le récit rétrospectif de l’organisation de « remettre en question la pensée raciale qui légitimait la bombe de l’Homme Blanc » (langage plutôt étonnant dans la bouche de trotskystes, même durant les années 1990), et de défendre les droits des immigrés, notamment de ceux originaires du Ghana. Le site affirme fièrement : « En 1994, nous remettions en question la pensée raciale et les idées de supériorité de h Occident » puis fait aussitôt volte-face en ajoutant « Aujourd’hui, l’Occident est tombé en disgrâce et “ l’antiracisme” officiel est omniprésent ». En effectuant cette pirouette spectaculaire, les vétérans du RCP peuvent se présenter à la fois comme des précurseurs et se ranger dans le camp de ceux qui dénoncent les ravages de « “l’antiracisme ” officiel » - l’antiracisme étant placé entre guillemets.

WORLDwrite a fondé la chaîne de télévision sur Internet WORLD bytes en 2008, et toutes deux partagent le même site. Elle se présente comme une organisation caritative qui « dispose d’un centre de bénévoles, de bureaux et d’un studio à Hackney, à Londres. Historiquement, l’organisation caritative organisait des programmes d’échange de jeunes et des projets éducatifs à l’échelle mondiale, dont les résultats étaient souvent rapportés ‘‘sur pellicule ”. Tout en conservant des partenaires internationaux, sa portée mondiale et ses principes internationalistes, l’organisation caritative a progressivement évolué pour devenir une entité éducative axée sur le cinéma. Aujourd’hui, l’organisation [...] [propose] une formation gratuite au cinéma et aux médias ». Les objectifs sont fort attrayants : « les stagiaires volontaires [...] interviewent des experts, des universitaires et des décideurs politiques, créent des scénarios pour des sujets plus légers, forment des équipes et apprennent à diffuser et à distribuer leurs programmes dans le monde entier. Citizen TV a un rôle vital à jouer en couvrant les idées et les histoires rarement racontées, sans les contraintes des caprices des commissaires politiques, des guerres d’audience et des craintes de bousculer les idées reçues. [...] la devise de WORLDbytes est : ‘‘Ne criez pas sur la télé, changez le message qu’elle diffuse’’ ».

Dans la liste des 14 films réalisés, on notera que les équipes de WORLDWrite/WORLDBytes ont choisi des sujets très politiques, liés au passé trotskyste des anciens du RCP : Sylvia Pankhurst*, CLR James27* et la révolution russe (« 1917. Pourquoi la révolution est importante »). Selon les statistiques fournies par l’organisation, 8 000 jeunes seraient passés par ces organisations et plus de mille émissions auraient été filmées en trente ans, mais le nombre de contacts sur Facebook est assez faible puisqu’il ne dépasse pas le chiffre de mille.

La LO VU) a donné l’occasion à WORLDWrite d’organiser une grande campagne pompeusement intitulée le « Babylon de la Liberté28 » en décembre 2021. Même si elle n’a été financièrement soutenue que par 173 personnes qui ont péniblement réuni l’équivalent de 6 232 euros pour financer CitizenTV, l’événement a permis à cette association de « rappeler au monde que la liberté, la liberté d’expression et la démocratie ne sont pas facultatives, mais essentielles à l’épanouissement de l’humanité », de « contester les tendances autoritaires et de relancer le débat public ». Sans tenir un discours vraiment complotiste, WORLDwrite a néanmoins évoqué les « craintes suscitées par la loi sur le Covid 19, craintes qui ont catalysé de nombreuses tendances illibérales ». On appréciera cette dénonciation de l’illibéralisme de la part de gens qui soutiennent activement le régime de Viktor Orban !

Ainsi, à propos de la situation créée par la COVID en 2021 au Royaume-Uni, ils n’hésitèrent pas à se présenter en portevoix de la majorité silencieuse : « La liberté de réunion a été mise en veilleuse, des rassemblements aux clubs de jeunes, la liberté d’expression est traitée comme un bien de consommation plutôt que comme un bien fondamental, et la culture de l’annulation se répand. Depuis le mccarthysme, la liberté de vivre sa vie privée ou de s’exprimer n’a jamais été aussi restreinte. Nous risquons de laisser se dessiner un monde antidémocratique et effroyablement autoritaire, dans lequel même nos amitiés les plus élémentaires et nos réunions de famille seront décidées par les diktats et les décrets du gouvernement. [...] si beaucoup de gens s’interrogent sur la rationalité de ce que l’on a appelé l’autoritarisme des mesures contre la Covid, sur son efficacité à protéger notre santé et sur son impact désastreux sur les moyens de subsistance, ils craignent de dire ce qu’ils pensent. » Face à ces inquiétudes, WORLWrite organisa une journée durant laquelle elle diffusa plusieurs dizaines de vidéos en ligne figurant (je cite) des « grands orateurs, des humoristes, des chanteurs, des acteurs, des militants et des bénévoles », chacun ayant quatre minutes pour s’exprimer.

Workers Against Racism (1980-1994), en abrégé WAR. Pour plus de détails, voir dans la deuxième partie intitulée « Une stratégie de la provocation calculée et de la démarcation systématique ».

NOTES

1

Ce site n’est pas toujours fiable dans ses critiques systématiques du RCP, puisque sa notice sur Michael Fitzpatrick (https://powerbase.info/index.php/Michael Fitzpatrick) l’attaque pour avoir soutenu le vaccin ROR (Rougeole Oreillons, Rubéole), ce qui suppose une curieuse indulgence pour le complotisme antivax. De surcroît, ce site défend le chirurgien Andrew Wakefield (soutenu « par des parents d’enfants autistes » !) qui, dans un article de la revue scientifique The Lancet, prétendit que le ROR répandait l’autisme, alors que cette publication fut ensuite obligée de reconnaître la fausseté de ces hypothèses. Mais le mythe continue à se répandre (https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/vaccins-et-autisme-l-histoire-d-une-fraude-scientifique 2299629.html) et powerbase.info n’a apporté aucune correction.

2

II suffit de citer cet article d’un vétéran du RCP paru dans Spiked. Loin de procéder à une critique économique et politique sérieuse de l’impasse (y compris environnementale) des véhicules électriques, il se contente de défendre les intérêts des constructeurs : « Tant que notre classe politique » [on admirera ici l’usage « anticonformiste » du pronom « notre » !] « restera sous T emprise de V apocalypse climatique, les constructeurs automobiles seront en difficulté. Les travaillistes et les conservateurs considèrent notre industrie automobile comme un problème à gérer, une cause de désastre environnemental, plutôt qu’une source de croissance, de richesse et d’emplois. Telle est la véritable menace qui pèse sur les constructeurs automobiles britanniques. » [Woudhuysen, 2024.]

3

Pour les collaborateurs de Spiked, « l’environnementalisme estât ’origine de la crise du logement au Royaume-Uni » (Fraser Myers) ; le magazine dénonce « une guerre de classes masquée par une rhétorique verte » (Joel Kotkin) ; il affirme que Fenvironnementalisme est « maintenant une arme dans la lutte pour restaurer le pouvoir technocratique » (Tim Black) et que « Les technocrates verts ne pensent qu ’à prendre le pouvoir au peuple » (James Woudhuysen). On trouvera de nombreuses citations hostiles à l’écologie sur Desmog.org, une base de données animée par des journalistes qui luttent contre les campagnes de désinformation autour des questions climatiques ( https://www.desmog.com/spiked/ ).

4

https://www.theguardian.com/uk/2006/mar/24/raceineducation.highereducation .

5

Profil Linkedin de Claire Fox.

6

https://newhumanist.org.uk/articles/2472/quite-contrarv-inside-the-battle-of-ideas

7

Profil Linkedin de Claire Fox.

8

http://www.thegreatdebate.org.uk/ianablev.html

9

https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/watch-this-cvberspace-1348194.html.

10

https://web.archive.Org/web/20080928073537/http:/www.culturewars.org.uk/index.php/about.

11

Cf. l’interview d’ Alka Sehgal Cuthbert, ex-militante du RCP et directrice de DDU, sur la chaîne ultraréactionnaire GBNews en 2024, https://www.voutube.com/watch?v=6KtiEZ8AXJs.

12

https://dontdivideus.com/glossarv-of-terms/.

13

https://www.timandraharkness.com/.

14

Comme l’explique la quatrième de couverture de son livre : « la culpabilité et l’insécurité des musées eux-mêmes ont alimenté les demandes de restitution. Contrairement aux arguments des militants, le retour des objets d’art ne permettra ni le changement social souhaité ni de réparer les blessures de l’histoire » car « aucun objet n’a de domicile unique et aucune culture n’est propriétaire de la culture ».

15

Dans la rubrique nécrologique que Luke (dittos (auteur de l’ouvrage : « Pourquoi la culture du viol est un mythe dangereux ») a écrite sur Reece, il explique : « Helen était connue pour s’attaquer à des causes difficiles. En 2010, elle s’est attiré l’opprobre pour avoir soutenu que l’interdiction générale faite aux personnes condamnées pour des délits sexuels d’adopter était disproportionnée et erronée. Dans le dernier texte qu’elle a écrit avant sa mort, elle a soutenu que les juges devraient se garder de considérer la “déviance” sexuelle comme un facteur dans les litiges familiaux lorsqu’il s’agit de déterminer avec quel parent un enfant doit vivre. » https://www.Spiked-online.com/2016/10/31/remembering-helen-reece/. On reconnaît bien là les provocations calculées du réseau RCPUM Spiked !

16

C’est du moins ce qu’affirment le Center for Media and Democracy https://www.sourcewatch.org/index.php?title=Global Futures et powerbase.info lié au site Spinwatch.

17

https://www.theguardian.com/theguardian/1999/apr/07/featuresll.g2.

18

Dans Novo, cet ingénieur avait défendu « à maintes reprises les dirigeants serbes de Bosnie contre les accusations de meurtre, de torture, de viol et de nettoyage ethnique » et s’était « présenté comme témoin de la défense au procès du criminel de guerre serbe Dusko Tadic » [Monbiot, 1998].

19

https://www.novo-argumente.com/artikel/die linke ist J etzt eine anti arbeiter partei.

20

http://web.archive.org/web/20000818Q52143/www.informinc.co.uk/LM/LM66/index.html.

21

http://web.archive.Org/web/20000818063531/http.V/www.informinc.co.uk/LM/LM128/LM128 Tizz ard.html.

22

https://eastmidlandssalon.org.Uk/author/newmills/page/2/.

23

C’est-à-dire les « secteurspharmaceutique, chimique et cosmétique (AstraZeneca, BASF, Bayer, U Oréal UK, Sanofi...), agrochimie et biotechnologies (Syngenta, P organisation de lobbying du secteur CropLife International...), agro-alimentaire (Coca-Cola, Unilever...) et énergie (BP, Nuclear Industry Association, etc.) » [Foucart et Horel, 2020].

24

https://www.spiked-online.eom/2025/02/28/spiked-25-vears-of-kicking-against-the-pricks/#google vignette.

25

https://www.5jP/ke6/-online.com/author/austin-williams/.

26

https://www.worldwrite.org.uk/about/. En réalité d’une campagne lancée par le CAM*, pseudopode du RCP, contre le « nouvel impérialisme » qui multipliait les interventions « humanitaires ». Cette campagne se termina par un échec, du moins si l’on en croit certains extraits d’un bulletin intérieur de 1995 [Parker, 2022].

27

On pourrait s’étonner de cette référence à CLR James de la part d’agitateurs réactionnaires qui s’allient à des politiciens ultraconservateurs comme Nigel Farage ou Viktor Orban, mais ce serait sous-estimer la rouerie de ces libertariens qui présentent CLR James comme un « révolutionnaire marxiste et panafricaniste, critique du colonialisme européen et respectueux de la civilisation occidentale, classiciste et amoureux de la culture populaire », le tout à propos d’un film qui reprend un slogan de Lénine appelant à ce que chaque cuisinière « apprenne à gérer l’Etat » ! Le site de WORLDWrite pose une question dont la réponse est évidente à ses yeux et qui exprime bien sa position : « Aujourd’hui, alors que l’éloge de la “culture occidentale” est souvent taxé cl’ “eurocentrisme ” et que les cloisonnements identitaires T emportent sur le sens de notre humanité partagée, une perspective universaliste et un accent mis sur ce que nous avons en commun valent-ils la peine d’être défendus ? »

28

https://www.justgiving.com/campaign/freedombabbleon.

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PLAN

Introduction

https://npnf.eu/spip.php?article1223

I. Une fascination durable pour l’idéologie bourgeoise . – Intérêt prononcé pour la médecine. Valorisation acritique de la science et de la technique. – Combat contre la « culture de la peur ». – Méfiance vis-à-vis des interventions de l’État. – Culte de l’initiative et de la responsabilité personnelles. – « Droit à l’offense » et défense d’une liberté d’expression totale
Une reconstruction peu crédible du passé ?
Les explications complotistes n’ont aucun intérêt ?

https://npnf.eu/spip.php?article1224

II. Une stratégie de la provoc’ calculée et de la démarcation systématique…. – Soutien à l’IRA. – Grève des mineurs. – Refus de voter Labour
• DENONCIATION DE LA « CULTURE DE LA PEUR » ET DU « CONTROLE SOCIAL ». – Maltraitance des enfants et viol. – Face à l’épidémie du VIH-Sida
• LE RAPPORT DU RCP A LA QUESTION DE L’ETAT. – Abstentionnisme du RCP face aux fascistes – Face à la propagande négationniste. – Les femmes ne doivent jamais faire appel à l’État. – Comment se protéger contre les violences masculines. – Refus de la censure sur Internet, donc aussi des images pédo-pornographiques. – Comment lutter contre les abus sexuels commis sur des enfants ? – Contre toute censure artistique

https://npnf.eu/spip.php?article1225

• AUTRES POINTS DE DEMARCATION. – Pour l’énergie nucléaire. – Contre le contrôle des ventes d’armes. – Le boycott de l’Afrique du Sud. – La guerre des Malouines. – Une mise en garde prémonitoire mais bien oubliée. – La dénonciation du « journalisme compassionnel »
« Midnight in the century » (1990)
https://npnf.eu/spip.php?article1226

1996 : un ultime Manifeste pour justifier la dissolution du RCP ?

De la dissolution de l’organisation à la constitution d’une amicale médiatiquement efficace

Une nébuleuse ? Un réseau informel ? Une mouvance insaisissable ? Une maçonnerie ? Une confrérie ? Une fraternité 2.0 ? un Parti/Réseau ?

https://npnf.eu/spip.php?article1228

III. Petits succès politiques. – Frank Furedi. – Munira Mirza. – Claire Fox. –
https://npnf.eu/spip.php?article1229

IV. Échecs électoraux ou victoire idéologique ?. – John Heartfield – Stuart Waiton. – Alka Sehgal Cuthbert. – James Woodhuysen. – John Fitzpatrick. – Yasmin Fitzpatrick

https://npnf.eu/spip.php?article1232

Annexe 1 : Sur la nébuleuse RCP-LM-Spiked
https://npnf.eu/spip.php?article1233

Annexe 2 : Who’s Who des vétérans du RCP
https://npnf.eu/spip.php?article1236

Annexe 3 : Sur quelques collaborateurs de Spiked et leur participation aux guerres culturelles de la droite
Glossaire
Sources

https://npnf.eu/spip.php?article1237