Le contenu de ce texte, comme celui d’autres traductions sur ce site et dans la défunte revue Ni patrie ni frontières, ne reflète pas mon opinion sur tous les points, comme je le précise dans plusieurs notes de bas de page.
Il me semble cependant utile pour nourrir le débat sur l’antisionisme dont j’avais déjà expliqué les « limites » en 2002 (https://npnf.eu/spip.php?article52 et https://npnf.eu/spip.php?article53 ).
L’intérêt du Movement Against Antizionism est qu’il ne se contente pas de traiter tous les antisionistes d’antisémites, comme le font la droite et l’extrême droite israéliennes – et bien d’autres intervenants dans ces discussions. Le MAAZ et Louis-Klein ( 1) tentent d’introduire l’idée que l’antisionisme serait une idéologie spécifique, différente de l’antisémitisme, même si elle est aussi néfaste.
En revanche, le grave défaut de ce texte, et qui risque de nuire à sa réception et à son efficacité, est qu’il ne dit rien des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par l’État et l’armée d’Israël (Yves Coleman, Ni patrie ni frontières, 24/12/2025).
L’antisionisme n’est pas une « critique de la politique israélienne », mais un mouvement fondé sur la diffamation et le déni. Il cherche à effacer totalement la souveraineté juive et à réduire considérablement la vie juive partout dans le monde. Il ne veut discuter ni des frontières d’Israël ni de la politique de ses gouvernements. L’antisionisme condamne l’existence des Juifs eux-mêmes. Il présente l’État juif comme le résultat d’une violation de la morale commune : ceux qui soutiennent son droit à exister méritent de subir l’exclusion, l’hostilité et la violence. Partout où l’antisionisme s’implante, la vie juive se dessèche : réprimée en Union soviétique, effacée dans une grande partie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (2), et aujourd’hui de plus en plus restreinte au sein de la culture et des institutions occidentales.
Pour bien comprendre l’antisionisme, nous devons le replacer dans un contexte beaucoup plus ancien. La haine des Juifs n’est pas apparue au XXe siècle, ni avec la création d’Israël. Il s’agit d’un schéma civilisationnel vieux de plus de deux millénaires, né d’une substitution théologique (3). Cette substitution s’est perpétuée en diffusant des calomnies et en organisant des persécutions récurrentes. Elle se réinvente continuellement pour s’adapter aux peurs et aux idéologies de chaque époque.
I. LE CYCLE DE LA DIFFAMATION
Tout au long de l’histoire, la haine des Juifs a persisté non pas sous la forme d’actes isolés motivés par des préjugés, mais à travers un schéma culturel récurrent dans lequel les fausses accusations – les calomnies, la diffamation – jouent un rôle central. À travers le temps et l’espace, les sociétés ont projeté leurs propres angoisses sur les Juifs ; elles ont organisé ces projections en un cycle marqué par des accusations, la stigmatisation, la violence et le déni.
Cette structure durable, que nous appelons le cycle de la diffamation, aide à expliquer la persistance et l’adaptabilité de la haine des Juifs. Si le contenu des accusations change au fil des époques, le schéma sous-jacent reste le même. Plus qu’une série d’attaques externes, ce cycle reflète un mécanisme culturel plus profond : en présentant les Juifs comme des menaces symboliques, les sociétés ont historiquement stabilisé leurs propres récits pour renforcer leur cohérence morale et leur identité collective.
Reconnaître le cycle de la diffamation comme un réflexe civilisationnel nous permet de dépasser la simple réponse réactive et nous invite à une compréhension proactive. Pour briser ce cycle, il faut en exposer la logique, remettre en question sa légitimité et réaffirmer les principes d’égalité, de dignité et d’intégrité factuelle dans la vie publique.
1. Diffamation. Les sociétés inventent des accusations qui présentent les Juifs comme un danger mortel. Elles répètent ces calomnies de manière obsessionnelle (à travers des sermons, des pamphlets, des tracts, des slogans, des posts sur les réseaux sociaux) jusqu’à ce que la population entre dans un état de fièvre.
2. Stigmatisation. Une fois que l’hystérie s’installe, les institutions la formalisent. Les lois ségréguent, les édits et les décrets restreignent, les ghettos confinent. Les sociétés stigmatisent et marquent les Juifs ; elles les déclarent impurs, indignes de confiance et inaptes à la vie civique.
3. Violence. Une fois que les calomnies et la stigmatisation ont saturé la société, la violence en découle comme un acte supposé nécessaire. Les communautés se livrent à des pogroms, des expulsions et des exterminations organisées. La foule ne se considère pas comme meurtrière ; elle croit purger la corruption, protéger la vertu, nettoyer le corps politique.
4. Déni. Lorsque la frénésie s’estompe, les sociétés affrontent rarement ce qu’elles ont fait. Elles préfèrent réécrire l’histoire : elles minimisent la violence, rejettent la responsabilité sur d’autres ou prétendent que les Juifs ont provoqué eux-mêmes la catastrophe. Le souvenir est enterré, laissant le réflexe intact, prêt à resurgir.
Cette dynamique paroxystique semble à la fois soudaine et éternelle, car elle est les deux à la fois : une fièvre récurrente à travers laquelle les sociétés tentent de purifier leur conscience, pour finalement rejouer les mêmes scènes d’accusation et d’expulsion, en ciblant à nouveau les Juifs pour leur propre renouveau moral.
II. LA HAINE ANTI-JUIVE EN TROIS ACTES
Au cours des deux derniers millénaires, les sociétés ont forgé leur propre identité morale en projetant leurs angoisses et leurs échecs sur le Juif — accusé d’être hérétique, de polluer la société ou la nature, d’opprimer les peuples ; elles ont transformé les actes de violence antisémite en rituels de purification collective.
• Acte I : l’antijudaïsme
Dans le monde antique et médiéval, le christianisme, puis l’islam, ont construit leur identité en se présentant chacune comme LA religion véritable et universelle ; ils ont prétendu accomplir et remplacer le judaïsme. Les Juifs qui refusaient de se convertir sont devenus la réfutation vivante de cette prétention, un peuple dont l’existence même exposait la fragilité de chaque nouvelle révélation religieuse. Les campagnes de diffamation dirigées contre le judaïsme ont pris une forme théologique implacable : les Juifs étaient décrits comme des individus maudits, aveugles, coupables d’avoir tué Dieu et ennemis de toute vérité. En persécutant les Juifs par des campagnes de conversion, en les confinant dans des lieux séparés, en les expulsant et en les massacrant, les sociétés chrétiennes et musulmanes ont prétendu chercher à assurer leur propre salut. La violence est devenue un devoir sacré, une affirmation rituelle qui stabilisait la foi et confirmait la suprématie religieuse.
• Acte II : L’antisémitisme
Lorsque les croyances religieuses se sont fissurées et ont perdu leur autorité après des siècles de guerres confessionnelles et sectaires, les nations ont cherché de nouveaux fondements pour l’appartenance : le sang, la race et la pureté. Autrefois considéré comme hérétique, le Juif connut une seconde naissance : il devint l’incarnation du pollueur racial, de l’étranger de l’intérieur qui menaçait la cohésion du corps national. La pseudoscience antisémite et le darwinisme social fournirent à la haine un vocabulaire prétendument fondé sur la raison ; ils transformèrent les peurs anciennes en une « vérité » biologique. Les pogroms, les lois d’exclusion et, finalement, l’extermination devinrent des actes de purification politique ; ils forgèrent l’unité nationale en invoquant la défense imaginaire de la pureté. En détruisant les Juifs, les États modernes affirmèrent leur propre vitalité et leur cohésion ; ils transformèrent le meurtre en sacrement civique.
• Acte III : L’antisionisme
Dans le sillage de la condamnation du racisme, de l’apartheid et du colonialisme, les sociétés occidentales ont cherché une rédemption morale à travers les nouvelles croyances de l’antiracisme et de la décolonisation. Pourtant, ces croyances sont devenues le théâtre d’un profond renversement : les Juifs et Israël ont été présentés comme l’image même des crimes que l’Occident ne pouvait se pardonner d’avoir commis : la conquête coloniale, la hiérarchie raciale et la volonté de domination. La culpabilité de la modernité exigeait une purification – une fois de plus, les Juifs ont fourni les moyens de parvenir à cette purification. Diffamer Israël en le qualifiant d’État raciste, colonialiste (4), pratiquant l’apartheid ou le génocide permet aux sociétés de se purifier symboliquement de leur propre histoire d’oppression. La dénonciation devient expiation ; la construction du bouc émissaire israélien constitue un rite de renouveau moral. En faisant des Juifs le dépositaire des péchés de l’Occident, le cycle de la diffamation recommence.
III. LE SYSTÈME ANTISIONISTE
L’antisionisme se présente comme un mouvement pour la justice, mais, dans la pratique, il fonctionne comme une entreprise d’exploitation idéologique qui se perpétue elle-même. Il ne prospère pas en proposant des solutions, mais en entretenant une crise perpétuelle. L’antisionisme alimente des régimes, des institutions, des acteurs du secteur de la culture qui gagnent de l’influence et des profits en continuant à présenter Israël comme le Mal ultime qui frappe la civilisation. Comme tout système parasitaire, il survit en maintenant son hôte en vie. Le paradoxe est flagrant : les dirigeants antisionistes condamnent Israël avec une ferveur apocalyptique, mais leur survie dépend de l’existence continue d’Israël. « Résoudre » le problème détruirait leur atout le plus lucratif. Les dénonciations constantes, le flot incessant de calomnies, ne visent pas à apporter la paix. Ils visent à entretenir la machine de l’indignation.
Cette structure incitative explique pourquoi le système antisioniste résiste à toute solution. Les régimes autoritaires du Moyen-Orient détournent l’attention de la corruption et de la répression en dénonçant Israël. Les politiciens occidentaux invoquent la rhétorique antisioniste pour apaiser leurs électeurs et détourner l’attention de leurs échecs nationaux. Les institutions internationales et les ONG maintiennent Israël sous le feu des projecteurs afin de justifier leurs budgets et leur pertinence. Les médias et les influenceurs amplifient l’indignation parce que cela fait vendre. Les universitaires, les syndicats et les élites culturelles adoptent des positions antisionistes pour se donner bonne conscience à peu de frais. Chaque acteur exploite la « menace sioniste » pour préserver sa propre position. Il en résulte non pas un mouvement vers la paix, mais un système tentaculaire, un système antisioniste qui se renforce à mesure que le conflit israélo-palestinien perdure.
IV. QUI SONT LES VICTIMES DU SYSTEME ANTISIONISTE ?
Le système antisioniste se nourrit de la diffamation, de la haine et de l’indignation performative. Ses opérations font de véritables victimes humaines :
LES JUIFS
L’antisionisme utilise la diffamation comme une arme pour exclure et nuire aux Juifs, où qu’ils vivent. Il qualifie toute personne qui soutient Israël d’« agent sioniste » et la chasse des salles de classe, des salles de réunion et des espaces civiques. Il défigure les synagogues avec des graffitis et brise leurs vitres au nom de la « justice ». Il envoie des foules masquées traquer les rassemblements juifs ; il élève au rang d’« authentiques » les Juifs qui servent d’alibis et de témoins à charge en reniant leur appartenance à leur peuple (5) ; et il réduit au silence la grande majorité. Dans chacun de ses actes, l’antisionisme s’attaque à l’esprit juif. Il érode la sécurité des Juifs, stigmatise l’identité juive et s’efforce d’éteindre la vie juive en Occident, tout en cherchant à détruire Israël.
LES ISRAELIENS
L’antisionisme s’attaque aux Israéliens à la fois par la violence directe et en organisant leur isolement à l’échelle mondiale. Il lance des missiles sur les villes et les villages ; il frappe les maisons, les écoles et les marchés où la vie quotidienne se poursuit. À l’étranger, il organise des campagnes de boycott, d’exclusion et de désinvestissement qui visent à étouffer la culture, la science et l’économie israéliennes. Il se moque de la langue hébraïque, ressuscitée après des siècles d’exil, ou l’interdit. Il harcèle les voyageurs israéliens dans les aéroports, les agresse dans les rues européennes et les traite comme des parias sur les campus universitaires. À chaque instant, l’antisionisme resserre son emprise sur l’existence israélienne.
LES PALESTINIENS
L’antisionisme exploite les Palestiniens avec une cruauté particulière. Il transforme leur souffrance en une marchandise et manipule leur douleur pour alimenter la fabrique perpétuelle de l’indignation. Il célèbre les extrémistes qui perpétuent le conflit comme des « combattants de la liberté » et menace les modérés qui cherchent un compromis en les qualifiant de « traîtres ». Il piège les familles palestiniennes ordinaires dans des cycles sans fin de guerre et de privations ; il réduit leur vie à des symboles pour les Occidentaux qui préfèrent le spectacle aux solutions. L’antisionisme se nourrit du statut de victime des Palestiniens ; la véritable libération des Palestiniens passe par la libération de l’emprise de cette obsession antisioniste.
LES ALLIES NON JUIFS D’ISRAËL
Au-delà d’Israël, l’antisionisme harcèle et calomnie quiconque exprime sa solidarité avec la souveraineté juive. Il diffame les étudiants, les professeurs, les membres du clergé et les hommes ou femmes politiques qui défendent le droit d’Israël à exister en les qualifiant de « racistes » ou de « colonialistes ». Il fait taire les orateurs, annule les invitations et profère des menaces ; il qualifie les partisans d’Israël de collaborateurs d’un Mal imaginaire. L’antisionisme projette son hostilité vers l’extérieur et punit tous ceux qui affirment le droit des Juifs à avoir une nation.
LES VICTIMES D’AUTRES CRISES DANS LE MONDE
L’antisionisme nuit également à ceux qui sont très éloignés du conflit israélo-palestinien. En monopolisant l’attention du monde, il détourne l’indignation des autres crises humanitaires. Les atrocités de masse (6) commises au Soudan, au Yémen, au Venezuela et ailleurs disparaissent de l’attention de l’opinion publique, Israël absorbant toute l’attention morale du monde. Des populations entières souffrant de famine, d’esclavage ou de massacres perdent toute empathie et toute visibilité, car la machine antisioniste consume tout l’oxygène en insistant sur le fait que l’État juif est le seul Mal qui sévit dans ce monde.
V. LES JUIFS ANTISIONISTES
Les calomnies qui répandent la haine contre les Juifs sont si puissantes que, à chaque époque, elles piègent certains Juifs eux-mêmes, ceux qui cherchent la sécurité ou l’acceptation sociale en reprenant les accusations portées contre leur propre peuple.
• Les Juifs hellénistiques (IVe -Ier siècle avant notre ère) : dans la Méditerranée antique, certains Juifs cherchaient à être acceptés dans la société grecque en se distanciant de la tradition juive. Ils adoptaient des noms grecs, des coutumes et des philosophies grecques ; ils se moquaient de la Torah qu’ils jugeaient primitive et présentaient le particularisme juif comme un obstacle à l’éveil et à l’appartenance à la cité. Leur empressement à prouver leur sophistication culturelle a fait d’eux la première « preuve » que le judaïsme lui-même était le problème, un signe d’arriération dont il fallait se défaire.
• L’Association nationale des Juifs étrangers (Allemagne, années 1930) : dans l’Allemagne nazie, certains Juifs désespérés et désireux de trouver une certaine sécurité reprirent la rhétorique nationaliste du régime et proclamèrent leur distance par rapport aux autres Juifs. Ils publièrent des déclarations de loyauté et d’autocritique, en croyant que l’obéissance aux nazis leur vaudrait une protection. L’État nazi récompensa leur docilité par la trahison ; il les déporta et les assassina aux côtés de ceux qu’ils avaient cherché à apaiser.
• La Yevsektsiyia et le Bund (7) (Union soviétique, années 1920-1930) : Au début de l’ère soviétique, les communistes juifs démantelèrent les synagogues réduisirent les rabbins au silence et réprimèrent la culture hébraïque pour servir la révolution. Ils cherchèrent à effacer la différence juive pour prouver leur loyauté au Parti. Lorsque le cycle s’inversa, Staline les dénonça comme des « cosmopolites sans racines », les emprisonna et exécuta leurs dirigeants.
• Jewish Voice for Peace (en Occident, aujourd’hui) : Dans l’Occident contemporain, des Juifs antisionistes mènent des campagnes qui condamnent Israël et nient l’existence d’une nation juive. Les médias et les institutions les élèvent au rang de couverture morale ; ils les célèbrent comme les « bons Juifs » qui légitiment l’hostilité anti-juive. Leur plaidoyer donne une forme politique à un vieux schéma : les sociétés récompensent les Juifs qui renient leur propre peuple tout en vilipendant ceux qui refusent de le faire.
Ce schéma se répète avec une sinistre régularité : la haine est si profonde que certains Juifs l’intériorisent et servent ses fins. L’histoire montre que ceux qui acceptent de se soumettre à cette injonction ne bénéficient d’aucune sécurité. Les sociétés ne valorisent les « Juifs-alibis » que tant qu’ils leur sont utiles, puis les rejettent avec le même mépris que tous les autres.
VI. L’ANTISIONISME EST-IL DE L’ANTISEMITISME ?
Tout dépend de la façon dont on utilise le mot antisémitisme. Dans son sens courant, le terme en est venu à désigner « toutes les formes de haine des Juifs », qu’elles soient religieuses, raciales ou nationales. Selon cette définition, l’antisionisme correspond clairement à cette définition. Cependant, si l’on utilise la définition historique spécifique de l’antisémitisme – l’idéologie raciale du XIXe siècle qui voyait dans les Juifs une menace biologique –, alors l’antisionisme n’est pas identique. Cette ambiguïté crée un piège dont les antisionistes tirent parti. Ils protestent qu’ils ne sont « pas antisémites » parce qu’ils ne portent pas de croix gammées et ne cherchent pas à déclencher une guerre raciale, tout en continuant à stigmatiser et à cibler les Juifs par leur haine d’Israël.
C’est pourquoi nous estimons que la tâche la plus importante n’est pas de réduire l’antisionisme à des catégories plus anciennes, mais de le nommer et de le dénoncer pour ce qu’il est. L’antisionisme est un mouvement qui propage la haine ; il diffuse ses propres calomnies, il a sa propre esthétique, ses propres mécanismes de harcèlement et de violence. Le terme « antisémitisme » a été inventé comme un euphémisme et n’a acquis une connotation négative qu’après la catastrophe de la Nuit de cristal de 1938 – bien trop tard.
Nous ne pouvons pas nous permettre un tel retard à nouveau. Il est temps aujourd’hui de stigmatiser directement l’antisionisme, afin qu’il apparaisse pour ce qu’il est : le visage contemporain de la haine des Juifs.
NOTES DU TRADUCTEUR
1. https://npnf.eu/spip.php?article1265 et https://npnf.eu/spip.php?article1264 (NdT).
2. Chiffres approximatifs de 1948 à nos jours, selon Wikipédia : en Algérie on est passé de 130000 Juifs à 200 ; en Égypte : de 75 000 à 3 ; en Irak : de 150 000 à 4 ; en Iran ; de 150 000 à 8500 ; au Liban : de 20 000 à 29 ; en Libye : de 38 000 à 0 ; au Maroc : de 265 000 à 5 000 ; en Syrie : de 30 000 à 0 ; en Tunisie : de 105 000 à 1 000 ; au Yémen et à Aden : de 55 000 à 1 ; en Afghanistan : de 5 000 à 0. Au total, on est passé de 833 000 Juifs à 12 057 environ (NdT).
3. Dans le christianisme la « théologie de la substitution » a été formalisée par Paul de Tarse, mort entre 64 et 68 après Jésus-Christ : la nouvelle religion est censée remplacer et dépasser le judaïsme. Dans l’islam, on a aussi une théologie de la substitution, et même une théologie de la falsification, qui se met progressivement en place après la mort de Mahomet. La religion musulmane est censée avoir toujours existé, être la religion des descendants directs d’Adam et Eve. Elle aurait précédé le judaïsme et le christianisme, et ces deux religions (particulièrement les juifs) sont donc accusées d’avoir falsifié le message d’Allah. Pour plus de détails, on lira l’article de Guillaume Dye, https://www.academia.edu/1269026/La_th%C3%A9ologie_de_la_substitution_du_point_de_vue_de_lislam?sm=b f (NdT).
4. Israël est à la fois le résultat d’un lent processus de peuplement de la Palestine par des colons dénués de lien direct avec une métropole impérialiste spécifique et qui ont acheté des terres à des grands propriétaires absentéistes et créé des kibboutz employant souvent uniquement une main-d’œuvre juive ; un État-refuge pour les rescapés du judéocide européen après 1945 et pour tous les Juifs chassés du Proche et du Moyen-Orient ainsi que de l’Afrique du Nord après 1948 ; et un État dont les frontières n’ont fait que s’agrandir depuis 1967 grâce à un processus d’expropriation continue de la population palestinienne. Que le terme « colonialiste » puisse prêter à confusion avec le colonialisme classique, j’en conviens, mais le MAZ s’enferme lui aussi dans le déni d’un processus d’expropriation qui prive les Palestiniens de tout espoir d’égalité et de liberté (NdT).
5. Sur ce point précis, le MAZ raisonne comme les antisionistes qui sont d’authentiques nationalistes étatistes. L’identification totale et acritique à un peuple (quel qu’il soit) a toujours mené au chauvinisme, au fanatisme et, en fin de compte, au soutien inconditionnel à un État qui n’admet aucune opposition ou critique puisqu’il est justement censé incarner le mieux les intérêts exclusifs de ce peuple contre d’autres peuples (NdT).
6. Le MAAZ plaque la notion très vague d’ »atrocités de masse » sur des situations totalement différentes et opère ici un amalgame grossier. 18 000 exécutions extrajudiciaires ont été commises au Venezuela (selon Human Rights Watch et l’ONU), pays de 28 millions d’habitants vivant sous une dictature nationaliste, qui ne réduit personne en « esclavage », à part l’esclavage capitaliste qui existe aussi en… Israël. Le Soudan compte 58 millions d’habitants et connaît une guerre civile qui a causé 150 000 morts ; dans ce pays, effectivement les Afrodescendants sont appelés esclaves et les paramilitaires se livrent à l’esclavage sexuel (mais ces deux fléaux n’existent pas au Venezuela). Enfin, le Yémen compte 27 millions d’habitants ; il y existe effectivement un système de caste où les Afrodescendants sont au bas de l’échelle et ont connu l’esclavage, et ce pays est ravagé par une guerre civile qui a fait 400 000 morts (NdT).
7. Créé en 1897, le Bund était partisan de « l’autonomie nationale et culturelle ». Pour les éléments socialistes les plus radicaux (dont les bolcheviks) avant 1914, ou pour ceux de la Troisième Internationale après 1919, le Bund était un courant « nationaliste », « chauvin », etc. Quand la révolution russe se produisit, le Bund fut phagocyté par les bolcheviks qui se débrouillèrent pour provoquer une scission en son sein et persécuter ensuite ceux qui restaient fidèles au Bund originel. Seule une minorité de bundistes adhérèrent à la Yevsektsiyia (NdT).