Léon Bourgeois inventa le solidarisme. Membre du Parti radical, ministre et président du Conseil d’Etat sous la IIIe République, il reçut le Prix Nobel de la Paix en 1920. Dans son livre La Solidarité (1896), il prétendait résoudre les contradictions entre le libéralisme et le socialisme en fusionnant les deux partis. Il souhaitait que les bénéfices de l’État fussent répartis de façon « plus équitable ».
Cette doctrine favorable à un interventionnisme social fondé sur des valeurs morales sera reprise par certains courants de l’extrême droite, qui créeront le national-solidarisme, et infléchiront cette idéologie interclassiste vers un corporatisme fondé sur un État fort, une société hiérarchisée, disciplinée et des communautés ethniques homogènes. L’emblème des solidaristes est souvent un trident et certains d’entre eux se réclament de Sorel et Proudhon, qu’ils assaisonnent avec les écrivains de la révolution conservatrice allemande. Le courant Terre et Peuple/Résistance identitaire européenne, animé en France par Pierre Vial, se réclame du solidarisme.
Le courant solidariste a eu des prolongements en Allemagne notamment dans les années 1970 et 1980, comme en témoignent les extraits des deux articles reproduits ci-dessous.
Le Solidaristische Volksbewegung (SV, Mouvement populaire solidariste) « fut créé le 24 août 1974 comme une des scissions de l’Aktion Neue Rechte, issue elle-même du National-Demokratische Partei Deutschlands (NPD) en 1972 [1]. »
Le SVB ne comptera pas plus d’une centaine de militants et ses deux principaux dirigeants seront Lothar Penz et Werner Schlett.
« Le SVB est issu du groupe de travail Junges Forum, qui avait déjà commencé à opérer au sein des groupes de base solidaristes et créé la section de Hambourg de la NRAO (l’Organisation pour la structuration des nationaux-révolutionnaires). Le SVB se concevait comme une organisation de cadres et était structuré en une association fédérale, des associations régionales et des groupes de base [2] »
« Le SVB publie le périodique "SOL" (le premier numéro sort en octobre 1974) [2] ». Ce bulletin d’information « fusionne en 1981 avec celui de la SdV/NRAO (Cause du peuple/Organisation pour la structuration des nationaux-révolutionnaires) » [2].
S’inspirant des idées d’Otto Strasse, le SVB « définit le solidarisme comme la troisième voie entre le capitalisme et le communisme, et travaille sur une base non chrétienne et scientifique (il se réfère notamment au naturalisme). Il entend combiner le nationalisme et le socialisme et se prononce pour l’Europe des ethnies sur une base paneuropéenne (Solidaristisches Manifest). Le SVB est lui-même issu des groupes de base nationaux-révolutionnaires, créés en 1970 dans une tentative de réponse à la Nouvelle Gauche qui voit le jour au cours des années 1960. Ces groupes diffusent à partir de 1972 les périodiques "Ideologie und Strategie" (rédacteur en chef : Alexander Epstein) et "Rebell". Ils collaborent à une série de livres de poche sur des questions doctrinales, série intitulée "Junge Kritik". Ils s’expriment également à travers le périodique "Junges Forum", créé à Hamburg en mars 1964 par Lothar Penz, qui deviendra le chef de file de la SVB). Ce périodique peut être considéré comme l’un des organes doctrinaux les plus importants de la Neue Rechte [1]. »
« Une scission intervient au sein des groupes de base nationaux-révolutionnaires après un conflit sur la tactique à suivre : le SVB entend coopérer avec des mouvements démocratiques installés, tandis que le groupe autour de Hartwig Singer (pseudonyme de Henning Eichberg) et Alexander Epstein cherche à s’allier avec la gauche extraparlementaire (maoïstes, trotskystes, anarchistes), et se réfère à Proudhon, au socialisme non marxiste de Lassalle et aux théories syndicalistes de Georges Sorel, un des grands exemples de l’extrême-droite activiste [1]. »
« En 1980, l’organisation fut rebaptisée Fédération des solidairistes allemands (Bund Deutscher Solidaristen) et cessa ses activités sous ce nom à partir du milieu des années 1980. Ses membres poursuivent aujourd’hui leur travail au sein de la Société d’études germano-européennes (DESG, Deutsch-Europaischen Studiengesellschaft). En tant que groupe dissident de l’ANR, le SVB, aux côtés du SdV/NRAO, a joué un rôle moteur dans le renouveau de l’argumentation, de l’idéologie et des modes d’action de l’extrême droite. Il cherchait principalement à étendre son influence aux nouveaux mouvements sociaux et au mouvement écologiste et a participé à la fondation de la Liste Verte de Hambourg pour la Protection de l’Environnement, Hamburger Grünen Liste Umweltschultz [2]. »
Sources
(1) Etienne Verhoeyen, « L’extrême droite en Belgique, III », Courrier hebdomadaire du CRISP, 1976/9-10, n° 725-716, https://www.crisp.be/fr/catalogue/674-lextremedroite-en-belgique-iii.html