Selon l’Encyclopedia Britannica, « L’Eurasie est un terme géologique et géopolitique qui désigne, dans le premier sens, l’immense masse continentale formée par l’Europe et l’Asie, et dans le second, l’entité sociopolitique située au sein de cette masse continentale, dont les frontières exactes font l’objet de débats parmi les spécialistes. Ce terme est un mot-valise. […] Les politologues russes, quant à eux, concevaient initialement l’Eurasie comme coïncidant avec les frontières de l’empire russe à la veille de la Première Guerre mondiale, y compris certaines parties de l’Europe de l’Est. Au XXIe siècle, les Russes ont davantage tendance à considérer que l’Eurasie comprend la Russie centrale et occidentale, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ukraine, le Tadjikistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et une partie du Caucase. »
Comme le suggère cette définition, suivant les époques, plusieurs définitions de l’« eurasisme » ont été élaborées par des intellectuels russes , mais certains idéologues non russes ont tenté de se l’approprier. C’est le cas d’Ernst Niekisch pour qui l’Allemagne devait se séparer de « l’Occident romain » et se rapprocher de « l’Orient » pour former un nouvel « empire » germano-slave. Plusieurs « néo-eurasismes » sont apparus après la disparition de l’URSS [Laruelle, 2001].
Pour schématiser, les (néo-)eurasistes remettent en cause l’universalisme et l’humanisme occidentaux, qu’ils jugent européocentristes. Selon eux, la Russie doit jouer un rôle particulier, à la fois en raison de sa position géographique, entre « l’Occident » et « l’Orient », mais aussi à cause de sa diversité ethnique et religieuse (orthodoxe et musulmane). Ils revalorisent la notion d’empire et d’espace civilisationnel au détriment de la notion de nation ou d’État-nation. Enfin, ils critiquent certains aspects du capitalisme, notamment le rôle destructeur de la technique et veulent réhabiliter certaines valeurs « spirituelles », « culturelles » ou « civilisationnelles ».
Comme l’explique une historienne, « L’eurasisme originel avait longuement et paradoxalement joué de l’image iconoclaste du barbare, du nomade vierge de toute culture, seul à pouvoir régénérer des sociétés décadentes. Le néo-eurasisme poursuit ce culte du barbare en appelant au renversement des habituels critères de valeur » [Laruelle, 2001].
Source :
Marlène Laruelle (2001), « Le néo-eurasisme russe. L’empire après l’empire ? » https://doi.org/10.4000/monderusse.8437