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Ni patrie ni frontières
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Fédération des expulsés (Bund der Vertriebenen)
Article mis en ligne le 12 août 2026

Cette fédération regroupe toutes les associations qui souhaitent « représenter les intérêts des Allemands touchés par l’exil, l’expulsion et la réinstallation, qu’ils soient membres ou non », soit initialement entre 12 et 15 millions de personnes. Créées après 1945, « les organisations de réfugiés [entendaient] maintenir vivantes les traditions culturelles des provinces perdues et jouer un rôle politique en faisant valoir le “Heimatsrecht”, c’est-à-dire le droit à la patrie des ancêtres » [Schertzinger, 1969]. Dans les années 1960, leurs manifestations rassemblaient souvent des centaines de milliers de personnes et étaient noyautées par divers groupuscules d’extrême droite. Au début des années 1970, la Deutschen Jugend des Ostens (Jeunesse allemande de l’Est) jouait pratiquement le rôle d’organisation de jeunesse de la Fédération des expulsés et, à l’époque, elle comptait 160 000 membres. « Son militantisme et ses méthodes d’action s’étendaient bien au-delà du noyau dur de l’extrême droite, jusqu’aux organisations établies, à partir desquelles se sont ensuite produites des transitions vers le NPD [néonazi] et ses sous-organisations » [Wölk, 2018].

Même si elle a eu deux présidents sociaux-démocrates entre 1958 et 1970, la plupart des cadres de la Fédération des expulsés étaient des nazis qui ne reconnaissaient ni les frontières avec la RDA ni celles avec la Pologne et la Tchécoslovaquie. Dans un tel contexte, on peut se demander comment le SPD réussit à diriger cette organisation faîtière pendant douze ans.

L’explication est assez simple : jusqu’en 1969, le SPD flatta le nationalisme et l’anticommunisme des réfugiés (expulsés) allemands qui ne reconnaissaient pas l’existence de la RDA et étaient violemment hostiles au KPD à l’Ouest et au SED à l’Est. Lorsque, en 1969, le SPD commença à prôner un dialogue avec la RDA et les autres pays de l’Est, en défendant l’Ostpolitik (la politique de main tendue à l’Est), la social-démocratie perdit le soutien des expulsés allemands de l’Est. Depuis 1970, tous les présidents de la Fédération des expulsés ont été des députés de la CDU ou de la CSU.

SOURCES :

Schertzinger, Monique (1969), « Le SPD et le nationalisme », Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, tome 1, n° 4, octobre-décembre, https://www.persee.fr/doc/reval_0035-0974_1969_num_1_4_1407

Wölk, Volkmar (2018), « Fascinants “semeurs de peur” : digressions non systématiques sur “1968 et la Nouvelle Droite” de Thomas Wagner », https://antifra.blog.rosalux.de/faszinierende-angstmacher-unsystematische-abschweifungen-zu-thomas-wagners-1968-und-die-neue-rechte/#_ftnref30