En 1992, il dirige les Jeunesses socialistes de Leipzig et se fait connaître lorsque les Jusos « lancèrent un appel à la création d’une “association pour la promotion du sentiment national et de la solidarité parmi la jeunesse allemande”. Le 11 avril, cet appel fut suivi d’effet, aboutissant à la fondation du Cercle Hofgeismar […]. Jung y joua un rôle prépondérant, épaulé par les anciens militants du SDS, Tilman Fichter* (responsable de la formation et de l’éducation au sein du comité exécutif national du SPD) et Bernd Rabehl*. Une annonce pour le Cercle Hofgeismar parue dans le journal d’extrême droite Junge Freiheit sollicita que des personnalités nationalistes et sociaux-démocrates à travers toute l’Allemagne contacte le Cercle (1) ».
Lors d’une interview sur la chaîne de télévision MDR en septembre 1992, Jung tient des propos très ambigus sur le pogrom raciste contre un foyer de travailleurs immigrés de Rostock : « Nous sommes cependant suffisamment réalistes pour qu’il soit illusoire de croire que nous pourrions, à nous seuls, résoudre tous les problèmes sociaux du monde », ce qui fait écho aux déclarations de Michel Rocard sur la « misère du monde » en 1989.
Cette « lâcheté » en matière de politique migratoire n’est pas étonnante puisque le Cercle Hofgeismar souhaite privilégier la « solidarité avec la communauté nationale allemande » et veut « décriminaliser l’histoire allemande » : « Les Allemands, et surtout les hommes politiques, doivent se libérer de ces complexes de culpabilité absurdes et de ce profond malaise national. Il faut mettre fin à la compression de mille ans d’histoire en douze ans. ».
D’ailleurs, selon Sascha Jung, « L’homme est un être social […]. Cela signifie qu’il ne peut exister sans sa […] famille, sa nation et sa communauté internationale, qui […] lui confèrent son identité. » Le Cercle Hofgeismar ne veut pas d’une « société européenne multichaotique » et considère que l’Allemagne « ne peut pas être un pays d’immigration par nature ».
L’exclusion de Sascha Jung a été demandée à plusieurs reprises par le SPD en raison de ses liens avec des fraternités étudiantes ou des publications d’extrême droite, mais il est resté membre de la social-démocratie, malgré une suspension d’un an, puis un procès au terme duquel la justice a obligé le parti à le réintégrer (2) ! Il s’est aussi « distingué » en réclamant que la fraternité étudiante d’extrême droite Danubia ne soit plus surveillée par le Bureau de protection de la Constitution (BfV), ce qui lui a valu évidemment le soutien de toute la mouvance néodroitière et néofasciste. Ce combat lui tient d’autant plus à cœur qu’il s’est lui-même vu interdire d’occuper un emploi de juriste dans la fonction publique par le BfV qui le juge « extrémiste (3) ».
1. https://antifainfoblatt.de/aib24/der-hofgeismarer-kreis
3. Dans le vocabulaire universitaro-policier allemand, est considérée comme « radicale » toute personne qui exprime une critique virulente de l’État sans vouloir le renverser ; mais est étiqueté comme « extrémiste » tout individu qui veut détruire l’État existant ; en cas de soupçon, « l’extrémiste » est soumis à une surveillance policière approfondie, puis peut être traduit en justice, si sa « culpabilité » idéologique est reconnue, et donc être condamné à des peines de prison. Son organisation peut être dissoute, son journal interdit, la maison d’édition ou la librairie qu’il dirige être mise en faillite, etc.