Ce terme désigne plusieurs mouvements de réforme sociale apparus en Allemagne et en Suisse à partir du milieu du XIXe siècle ; ces mouvements réagissaient à l’industrialisation et à tous ses effets sociaux jugés négatifs voire « décadents ». Ils prônaient généralement un « retour à la Nature », c’est-à-dire :
– une médecine et des soins dits « naturels » (massage, jeûne, usage de plantes, autoguérison et méfiance vis-à-vis des médicaments) ; des conseils d’hygiène et de vie saine bien résumés dans le Catéchisme de la santé (1794) du médecin Bernard Christoph Faust qui fut un des instruments de ce qu’on appelle en Allemagne les « Lumières populaires », (Volksaufklärung), une sorte de « mouvement d’éducation populaire (1) » ;
– un régime végétarien privilégiant les aliments crus, les fruits et les céréales complètes et écartant les stimulants (sucre, épices fortes, café, alcool et tabac) ;
– des vêtements respectueux de l’environnement et du corps (coton, laine ou lin ; suppression du corset, etc.)
– un mode de vie le plus proche possible de la nature : excursions à la mer et à la montagne, randonnées, cités-jardins, jardins familiaux, etc.
– le nudisme/naturisme, etc.
Ces mouvements prônaient parfois une pédagogie réformatrice et critiquaient l’autoritarisme scolaire, l’apprentissage par cœur et les exercices répétitifs ; ils privilégiaient l’apprentissage de « l’autonomie », donc la création d’écoles polyvalentes, d’écoles-ateliers, etc.
Ils prônaient également la création de commerces bio (magasins d’alimentation, cafés, restaurants, etc.).
Sur le plan idéologique, il est difficile de classer ces mouvements à droite ou à gauche tant ils étaient hétérogènes et parcourus par des courants politiques opposés. Cela dit, dès le départ les mouvements pour la réforme de la vie ont mobilisé essentiellement des éléments issus des classes moyennes (de la petite-bourgeoisie, pour parler clair) ; et ils ont été pénétrés par des courants sectaires et religieux ou nationalistes.
1. Cf. le compte rendu d’un colloque sur ce sujet : https://www.hsozkult.de/conferencereport/id/fdkn-120004 .
ANNEXE : Le mouvement de "réforme de la vie" vu par l’écologiste de gauche Peter Bierl
"Ce milieu cultivait une critique conservatrice et romantique de l’industrialisation et de l’urbanisation. Le mouvement de réforme de la vie prônait une vie simple et naturelle, une alimentation saine, l’air pur et l’activité physique, l’abstinence d’alcool et de nicotine, un naturisme nordique plutôt que l’érotisme, ainsi que l’hygiène raciale et l’eugénisme, c’est-à-dire une sélection humaine orientée vers l’idéal blond, grand et musclé. Ce mouvement de protestation bourgeois a fourni aux nazis des idées et des effectifs. Alfred Ploetz, figure de proue de l’hygiène raciale nazie, était issu du mouvement de réforme de la vie, tandis que l’eugéniste et antisémite Theodor Fritsch s’engageait dans le mouvement des cités-jardins."
(Extrait de : "Monnaie dépréciée, sélection humaine et antisémitisme. Les réseaux d’échange, la doctrine de Silvio Gesell et le mouvement altermondialiste", 2004)
https://userpage.fuberlin.de/~roehrigw/kritik/bierl_tauschring.pdf)