« En février 1942, ce jeune Suisse déserte et franchit illégalement la frontière allemande pour rejoindre la Waffen-SS. Il est ensuite secrétaire particulier d’Ernst Jünger, journaliste au quotidien Die Welt, premier lauréat du prix Konrad Adenauer, et, jusqu’en 1970, conseiller de Franz Josef Strauss (CSU). Au début des années 1970, Mohler rejoint la “Nouvelle Droite” et en est, en quelque sorte, la figure emblématique en Allemagne. Il publie dans la revue Criticon, fondée en 1970 par son allié politique Caspar von Schrenck-Notzing, qui demeure un forum important de débats entre les conservateurs et la “Nouvelle Droite”. Mohler est une figure clé du GRECE en Allemagne et de sa branche allemande, le Séminaire de Thulé. De 1964 à 1985, il est également directeur général de la Fondation Carl Friedrich von Siemens. Mohler utilise la fondation à des fins politiques. Il transforme cette institution, dont le conseil d’administration et le comité exécutif comptent de hauts dirigeants de Siemens, en une sorte de groupe de réflexion pour la “Nouvelle Droite”. Certains responsables de Siemens approuvèrent apparemment cette stratégie, puisqu’ils nommèrent Heinrich Meier, lui aussi membre de la “Nouvelle Droite”, pour succéder à Mohler à la direction générale (1). »
A ce portrait, il faut ajouter qu’Armin Mohler a réussi à imposer, dans une partie du champ intellectuel, l’idée que la « révolution conservatrice » n’avait rien à voir avec le nazisme, et donc à réhabiliter des penseurs nazis comme Schmitt ou Heidegger tout en utilisant ses relations personnelles avec des anciens SS haut placés pour se faire embaucher dans différentes institutions. A noter qu’Alain de Benoist s’est livré, en France, à la même opération de blanchiment de la « révolution conservatrice » (2) .
NOTES
1. https://antifainfoblatt.de/aib18/die-herausbildung-der-neuen-rechten
2. Sur toutes ces questions, on pourra lire l’excellent article d’Emmanuel Faye [2025], « La « »révolution conservatrice » », une stratégie disculpante ? Mohler, de Benoist, Douguine », Les Temps qui restent, Numéro 7, Automne (octobre-décembre), https://lestempsquirestent.org/fr/numeros/numero-7/la-revolution-conservatrice-une-strategie-disculpante-br-armin-mohler-alain-de-benoist-alexandre-douguine