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Karl-Otto Paetel (1906-1975)
Article mis en ligne le 28 septembre 2026

Une fois n’est pas coutume, commençons cette notice biographique par la citation d’une revue d’extrême droite : « Animateur, de 1928 à 1930, du mensuel Das Junge Volk, Karl-Otto Paetel lie dans ses écrits, dès 1929, combat de libération nationale et lutte des classes : “ Tout pour la nation !... Le mot d’August Winning*, d’après lequel la lutte libératrice de la nation doit être la lutte du travailleur allemand mène ici à la seule conséquence possible : approuver la lutte des classes comme un fait, la pousser dans l’intérêt du peuple tout entier […] l’emprunter comme une voie pour la victoire du nationalisme” »[Rix, 2008].

Ces quelques phrases de Paetel montrent comment certains militants d’extrême droite se font passer pour des défenseurs des intérêts des travailleurs et la citation suivante éclaire encore mieux l’entourloupe politique à laquelle se livrent les nationaux-révolutionnaires… philofascistes :

« En 1930, Paetel se voit proposer par Werner Lass* et Ernst Jünger la direction de Die Kommenden. Dans un article paru dans le premier numéro de l’année 1930, il appelle à « en faire un porte-parole de toutes les nouvelles impulsions et pensées qui partout sont à l’œuvre dans la jeune Allemagne, pour toutes les tentatives révolutionnaires de renouvellement » et à rejeter les « aboiements du libéralisme et de la réaction, en qui nous reconnaissons nos ennemis mortels ». Et d’assigner au journal une ligne résolument révolutionnaire : « Nous reprendrons à l’intérieur et à l’extérieur de l’espace allemand le combat contre le système de l’exploitation capitaliste, qui a toujours empêché l’intégration du prolétariat dans l’ensemble du destin allemand » [Rix, 2008].

Pour la suite, donnons la parole à un historien du bord opposé :
« En 1930, Karl Otto Paetel, issu des mouvements de jeunesse bourgeois, créa le Groupe des nationalistes sociaux-révolutionnaires (GSRN) qui tenta d’attirer des militants du NSDAP, en cherchant un dialogue avec le courant ouvrier dirigé par Otto Strasser, et des militants du KPD qu’il voulait “nationaliser” : Paetel alla jusqu’à proposer une lutte commune aux communistes allemands afin de réaliser une révolution allemande pour reconquérir la souveraineté du pays et lutter contre l’Occident à travers une alliance avec la Russie bolchevique. Ces idées furent exposées dans le Manifeste national-bolchevique publié fin janvier 1933, au moment même où Hitler était nommé chancelier. Sozialistische Nation [Nation socialiste], la revue mensuelle du GSRN qui ne compta jamais plus d’une centaine de militants, expliquait que le national-bolchevisme était la “synthèse entre la lutte des classes et la nation, pour un nouveau front des opprimés” » [Forti, 2021].

Dans la notice consacrée à ses archives conservées à l’université d’Albany, Karl Otto Paetel, ce philofasciste notoire a même réussi, après son départ en exil, à se faire passer pour un « journaliste politique » qui « s’est intéressé aux mouvements radicaux et aux changements sociaux du XXe siècle » et aux « individus qui ne rentraient pas dans des catégories politiques ou sociales bien définies », y compris le « mouvement Beat américain et en particulier l’écrivain Jack Kerouac, l’un des principaux poètes beat (1) ».

(1) https://archives.albany.edu/books/catalog/990010108670204808.

Sources :
Steven Forti, Extrema derecha 2.0. Qué es y como combatirla, Siglo XXI, 2021
Edouard Rix, "Werner Lass et Karl-Otto Paetel, deux nationaux-bolcheviques allemands", Réfléchir & Agir, été 2008, n°29