Ce « courant de pensée, avant tout culturel, […] s’est développé en Allemagne après 1918 en opposition à la République de Weimar et […] se caractérisait par un refus de la démocratie et du parlementarisme. Leur Weltanschauung, leur “vision du monde“, révolutionnaire-conservatrice se réclamait de l’idéalisme, du spiritualisme voire du vitalisme, et se proposait de reconstituer une société sur la base de communautés naturelles structurées et hiérarchisées, menées par une nouvelle aristocratie du mérite et de l’action » [François, 2009].
Malgré les formules trop prudentes employées par cet universitaire, de nombreux intellectuels qui ont appartenu à ce courant multiforme (Jünger, Spengler, Heidegger, Sombart, Schmitt, Niekisch, van den Bruck, etc.) ont défendu des idées proches de celles des nazis (y compris l’antisémitisme) quand ils n’ont pas adhéré au NSDAP, et sont revendiqués par la mouvance de la Nouvelle Droite. Celle-ci utilise les ambiguïtés réelles (ou supposées) de ces penseurs pour les réhabiliter [E. Faye, 2025] et faire passer en contrebande un néofascisme adapté au XXIe siècle. Le fait qu’une partie de la gauche et de l’extrême gauche fassent les yeux doux à Heidegger et à Schmitt ajoute à la « confusion » délibérée créée par l’extrême droite – du moins, celle qui sait encore lire et écrire.
Il est intéressant de noter que, « la plupart des auteurs étaient issus de milieux bourgeois, avaient passé leur période de socialisation primaire dans de petites villes de province, étaient croyants, majoritairement de confession protestante, et avaient obtenu leur baccalauréat et suivi des études supérieures. Ils appartenaient à la génération du front, dont la participation à la Première Guerre mondiale avait marqué de manière décisive le parcours de vie. Les trois traits principaux de la mentalité de cette génération étaient la volonté de maintenir l’esprit de guerre même après 1918, une propension ouverte à la violence ainsi qu’un culte prononcé de la virilité. L’expérience de la guerre fut glorifiée en réaction à la défaite ; l’auto-organisation au sein des milices et des corps francs visait à préserver l’expérience du front. La démocratie de Weimar était considérée comme faible, comme “féminine” ; le futur État devait au contraire devenir viril, prêt à recourir à la violence et intransigeant » [Hausmann, 1996].